Six nuits de frappes sur le réseau logistique
La première attaque a eu lieu dans la nuit du samedi 18 juillet, contre les entrepôts d'Elektrostal, à l'est de Moscou, et de Kotovsk, dans l'oblast de Tambov. Le gouverneur de Tambov, Evgueni Pervychov, a fait état de sept employés de l'équipe de nuit tués à Kotovsk et de vingt-cinq blessés ; son homologue de la région de Moscou, Andreï Vorobiov, a rapporté un mort et soixante et un blessés. Le site d'Elektrostal, plus de 360 000 m², était le premier centre logistique du groupe. Un entrepôt de Koledino a été touché dans la nuit du 20 juillet. Dans la nuit du mercredi 22, les centres de Krasnodar et de Nevinnomyssk ont brûlé : trois et cinq blessés selon les autorités régionales russes, un mort et quatorze blessés selon l'Associated Press. La nuit suivante, un hub de Voronej a été visé, en même temps qu'une raffinerie dans l'oblast d'Oulianovsk et une station de pompage au Bachkortostan, lors d'une attaque où le ministère russe de la Défense revendique 223 drones interceptés.
Une cible dont le statut est contesté
Volodymyr Zelensky a désigné des installations logistiques servant à fournir du matériel de guerre, des équipements de navigation et des composants pour la production de drones. Le Kremlin dément et parle de frappes contre des cibles civiles. Une recherche de l'Associated Press sur le site marchand a relevé gilets pare-balles, casques et radios, certains présentés comme testés dans la « SVO », le terme officiel russe pour la guerre. La BBC souligne toutefois qu'aucune confirmation indépendante n'établit que les entrepôts frappés stockaient ces marchandises. Le point juridique se joue là : la présence de biens à double usage dans un catalogue national ne suffit pas à qualifier un site précis d'objectif militaire.
Des pertes qui retombent sur les vendeurs
Wildberries est une place de marché, pas un distributeur vendant son propre stock : les pertes frappent d'abord les commerçants qui y déposent leurs marchandises. Les estimations divergent nettement. Le quotidien économique Kommersant, cité par Meduza, chiffre à 60 milliards de roubles les biens détruits sur 552 000 m², soit environ 10 % de la capacité logistique du groupe ; l'analyste Sergueï Semko, de Data Insight, avance jusqu'à 3 milliards de dollars. Quelques jours avant les frappes, une clause a rangé les attaques de drones parmi les cas de force majeure, dégageant la plateforme de sa responsabilité. Sa fondatrice, Tatiana Kim, a annoncé des versements aux vendeurs d'Elektrostal, en citant 88 000 bénéficiaires prioritaires.
Un effet recherché sur l'opinion plus que sur l'économie
Wildberries et son concurrent Ozon sont utilisés par 85 à 90 % de la population active russe, et le commerce en ligne pèse environ 20 % des ventes de détail : quelques entrepôts détruits ne menacent pas cet ensemble. Pour Chris Weafer, du cabinet Macro-Advisory, les dégâts industriels resteront limités, mais l'effet visé tient à la perception de la guerre par des Russes qui la tenaient à distance. Le contexte économique amplifie le choc : la TVA est passée de 20 % à 22 % le 1er janvier, 209 000 PME ont fermé au premier trimestre selon Kontur.Fokus, et les recettes pétrolières et gazières du budget fédéral ont reculé de 38,3 % sur janvier-avril selon le ministère russe des Finances. Après deux ans de frappes sur les raffineries, Kiev déplace sa campagne vers les chaînes d'approvisionnement civiles, un choix qui pèse sur le moral autant que sur la logistique et qui expose l'Ukraine à une contestation sur la légalité de ses cibles.
