Une demande de proposition, pas encore un contrat
Le journaliste Michel Cabirol a révélé le 1er septembre dans La Tribune que l'Égypte avait adressé à Dassault Aviation une demande de proposition portant sur vingt-quatre Rafale supplémentaires. L'avionneur n'a pas commenté, conformément à sa pratique sur les campagnes en cours. Une demande de proposition ouvre une phase de chiffrage, sur le prix, le calendrier de livraison et le contenu du paquet d'armement. Rien ne garantit qu'elle débouche sur une signature, et aucun montant ni échéancier n'a été rendu public à ce stade.
De cinquante-quatre à soixante-dix-huit appareils
L'Égypte a été le premier client export du Rafale, avec vingt-quatre exemplaires commandés le 16 février 2015 dans un ensemble d'environ 5,2 milliards d'euros incluant une frégate multimissions FREMM et des munitions MBDA. Une seconde tranche de trente appareils au standard F3R a été conclue au printemps 2021, annoncée le 4 mai et entrée en vigueur le 15 novembre de la même année. Ses livraisons ont commencé en 2025 et doivent s'achever d'ici la fin de cette année, portant la force aérienne égyptienne à cinquante-quatre Rafale.
Les vingt-quatre appareils aujourd'hui évoqués la porteraient à soixante-dix-huit, soit le format d'environ quatre-vingts avions que Le Caire évoquait déjà en 2021, cette fois au standard F4 : missile air-air MICA NG, évolution du radar à antenne active RBE2 et engagement coopératif, capacités que les F3R déjà livrés n'offrent pas. Le besoin est réel. Les Mirage 5 et les premiers F-16 livrés dans les années 1980 arrivent en fin de potentiel, et la vingtaine de Mirage 2000 encore en parc, cantonnés à l'entraînement, suivront. Les décomptes de la flotte égyptienne varient selon les recensements, mais l'ossature reste inchangée : environ 170 F-16 américains, une cinquantaine de MiG-29M/M2 russes commandés en 2015, et les Rafale français.
La question que les dépêches n'abordent pas, qui paie
L'incertitude n'est pas technique, elle est financière. Le contrat de 2021 n'a pas été réglé comptant par Le Caire. À partir de documents confidentiels, le média d'investigation Disclose a établi qu'il portait sur 3,75 milliards d'euros pour les seuls avions, 3,95 milliards avec les équipements MBDA et Safran, et qu'il reposait sur un prêt bancaire garanti à 85 % par l'État français sur dix ans. En cas de défaut égyptien, l'exposition du contribuable français avoisinerait 3,4 milliards d'euros hors intérêts.
Or la situation budgétaire du Caire n'a rien d'apaisé. L'Égypte reste sous accord élargi du Fonds monétaire international, conclu en décembre 2022, porté à 8 milliards de dollars en mars 2024 et prolongé jusqu'au 15 décembre 2026. Une troisième tranche de Rafale supposerait donc un nouvel arbitrage politique à Paris sur la garantie publique, décision qui échappe entièrement à Dassault Aviation et qui pèsera plus lourd que les considérations opérationnelles.
Une demande formulée à la veille de la visite de Xi Jinping
Le calendrier mérite d'être noté. La demande égyptienne a fuité le 1er septembre, la veille de l'arrivée au Caire de Xi Jinping, en visite d'État le 2 septembre pour la première fois en dix ans et pour le soixante-dixième anniversaire des relations sino-égyptiennes. Au même moment, l'Égypte accueillait depuis le 22 août l'exercice aérien « Aigles de la civilisation 2026 », deuxième édition après celle d'avril 2025, avec des J-16 chinois, un appareil de guet KJ-500, des transports Y-20 et des hélicoptères Z-20. Un ravitailleur chinois YY-20A y a transféré du carburant à un Rafale égyptien, première opération de ce type entre un avion-citerne chinois et un chasseur de conception occidentale.
Des rumeurs prêtent depuis des mois au Caire l'intention d'acquérir des Chengdu J-10C, l'appareil que Pékin met en avant depuis l'affrontement indo-pakistanais des 7 au 10 mai 2025. Le ministère français des Armées a publiquement documenté la campagne de dénigrement visant le Rafale depuis cette séquence. La démarche vers Dassault suggère qu'elle n'a pas emporté la décision égyptienne, et que Le Caire entend surtout faire jouer ses fournisseurs les uns contre les autres.
Un carnet de commandes déjà chargé
Dassault Aviation affichait un carnet de 208 Rafale au 30 juin 2026, dont 165 pour l'export. L'avionneur a livré 26 appareils en 2025, 12 au premier semestre 2026, et vise 28 sur l'ensemble de l'année. Une commande égyptienne s'ajouterait à une file où figurent déjà l'armée de l'air française, l'Inde, l'Indonésie, la Serbie et les Émirats arabes unis. Le salon aéronautique d'El Alamein, du 8 au 10 septembre, offrira le prochain rendez-vous où Le Caire pourrait préciser ses intentions.



