Un contrat de sept ans pour plus de 7 000 missiles
L'US Navy a confirmé le 17 août 2026 l'attribution à Raytheon, filiale de RTX, d'un contrat de sept ans et 22,9 milliards de dollars destiné à accélérer la production de missiles de croisière Tomahawk. Le marché couvre plus de 7 000 munitions, selon les responsables de la Navy cités par Janes, un total qui additionne trois catégories distinctes : des missiles neufs, des missiles recertifiés en sortie de stockage et des missiles modernisés au dernier standard. Cette distinction est rarement reprise, alors qu'elle change la lecture du chiffre. Un missile recertifié ne s'ajoute pas à l'inventaire, il prolonge la vie d'une munition déjà comptée.
Le contrat finance aussi les investissements industriels de l'entreprise, c'est-à-dire les outillages, les lignes de production et les fournisseurs nécessaires pour tenir la cadence promise. Raytheon dit investir dans ses effectifs, sa technologie, sa chaîne d'approvisionnement et ses sites, selon son président Phil Jasper. L'objectif affiché est de porter la production annuelle au-delà de 1 000 missiles.
Le chiffre de 60 missiles par an ne décrit pas la production
De nombreuses reprises de dépêche présentent Raytheon comme produisant aujourd'hui 60 missiles par an. Le chiffre circule largement, mais il ne correspond pas au rythme réel des chaînes. Il correspond à la ligne d'achat discrétionnaire de l'exercice 2026, soit 58 missiles pour 257 millions de dollars. La production, elle, est supérieure : RTX a livré 100 missiles neufs en 2025 selon Navy Times, et le centre de réflexion américain CSIS indique que la Navy doit en recevoir 110 sur l'exercice 2026. RTX précise de son côté avoir livré trois fois plus de Tomahawk au premier semestre 2026 qu'au premier semestre 2025. L'écart à combler reste considerable, mais il se mesure à partir d'une centaine de missiles par an, pas de soixante.
Des crédits engagés bien au-delà de ce qui est voté
Le financement du contrat court très en avance sur les crédits disponibles. Selon un porte-parole de la Navy cité par Janes, environ 257 millions de dollars proviennent du budget de base de l'exercice 2026, environ 3 milliards de la demande budgétaire 2027, le reste reposant sur des demandes anticipées pour les exercices 2028 à 2032. Moins de 15 % de l'enveloppe annoncée correspond donc à des sommes votées ou même formellement demandées. Les vingt milliards restants dépendent de budgets que le Congrès n'a pas encore examinés.
La demande budgétaire diffusée en avril donnait déjà la trajectoire : 785 Tomahawk pour un peu plus de 3 milliards de dollars sur l'exercice 2027, contre 58 l'année précédente, soit une multiplication par treize. Janes précise que ces 785 missiles se répartissent en 58 unités financées par des crédits discrétionnaires et 727 par des crédits obligatoires, ces derniers relevant de textes de réconciliation budgétaire et non du budget annuel ordinaire. La difference n'est pas comptable : elle détermine qui peut interrompre le financement, et quand.
850 Tomahawk tirés en quatre semaines contre l'Iran
L'urgence a une cause datée. Selon une analyse du CSIS publiée le 27 mars 2026, les forces américaines ont tiré 850 Tomahawk pendant les quatre premières semaines de l'opération Epic Fury contre l'Iran, ouverte le 28 février. C'est le plus fort volume jamais consommé au cours d'une seule campagne. Le centre estime le stock restant à un peu plus de 3 000 missiles et chiffre le coup à 3,6 millions de dollars d'après les documents budgetaires de la Navy. Il souligne surtout que ces tirs ont mobilisé environ la moitié des lanceurs disponibles dans la region, ce qui fait peser un risque à court terme sur les autres théâtres, au premier rang desquels le Pacifique occidental.
Interrogé par Fox News après l'annonce, Donald Trump a relativisé ces inquiétudes, jugeant négligeable ce que les États-Unis ont consommé. Le montant du marché signé le même jour dit autre chose.
Une méthode appliquée à toutes les munitions
Le contrat prolonge un accord-cadre conclu le 4 fevrier 2026 entre Raytheon et le Pentagone, l'un des cinq signés ce jour-là avec l'industriel, aux côtés de l'AMRAAM, du SM-6 et des SM-3 IIA et IB. La logique est explicite : garantir un volume sur plusieurs années pour que les entreprises acceptent d'investir elles-mêmes, plutôt que de suivre des commandes annuelles trop irrégulières pour justifier un agrandissement. Le 3 août, des accords du même type ont été passés avec Northrop Grumman et Lockheed Martin sur les composants d'intercepteurs Patriot et THAAD, avec l'objectif de tripler la production de Patriot et de quadrupler celle du THAAD.
Un pari industriel au calendrier ouvert
Ce que la Navy achète ici relève autant de la capacité industrielle que du missile lui-même. Multiplier la cadence par dix suppose de recruter, de qualifier des fournisseurs de rang 2 et 3, et de sécuriser des composants souvent produits par une source unique. Les précédents récents sur les munitions guidées montrent que la contrainte se situe rarement sur la ligne d'assemblage finale, mais chez les fabricants de propulseurs, de charges militaires et d'électronique de guidage. Sept ans de visibilité donnent à Raytheon les moyens de lever cette contrainte. Ils ne disent pas quand les missiles supplémentaires seront réellement en soute.



