Un texte signé au palais de Safa
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif ont paraphé vendredi 7 août l'accord de défense conjointe de La Mecque, à l'issue d'un sommet tenu au palais de Safa, dans la ville sainte de l'islam. Selon la déclaration commune reprise par Breaking Defense, l'accord vise à renforcer la dissuasion collective contre tout acte d'agression et stipule qu'une attaque armée contre l'un des trois États sera considérée comme une attaque contre eux tous. Il prévoit aussi d'étendre la coopération de défense dans tous ses aspects.
Recep Tayyip Erdogan a rattaché le texte à l'article 51 de la Charte des Nations unies, qui reconnaît le droit de légitime défense individuelle et collective. Selon Hürriyet Daily News, il a ajouté que l'accord ne cible aucun pays et reste ouvert à la participation d'autres pays de la région.
Trois apports très dissemblables
Chacun des signataires met sur la table une ressource que les deux autres n'ont pas. Le Pakistan est le seul État à majorité musulmane doté de l'arme nucléaire. La Turquie dispose de la deuxième armée de l'OTAN en effectifs et d'une industrie d'armement devenue exportatrice. L'Arabie saoudite apporte la rente pétrolière et un programme nucléaire civil ouvert avec Washington.
La coopération n'est pas neuve. Selon Foreign Policy, Islamabad forme les forces saoudiennes depuis des décennies, la Turquie et le Pakistan échangent navires et avions d'entraînement, et Ryad achète des drones turcs de longue date. L'accord conclut près d'un an de négociations. L'Égypte, associée pendant plusieurs mois aux réunions de sécurité entre les quatre pays, ne figure pas parmi les signataires. Ankara poussait pour un format quadrilatéral, qui n'a pas abouti.
Ce que le texte ne dit pas
C'est sur le mécanisme de mise en œuvre que l'accord reste le plus vague, et cette imprécision est probablement délibérée. Des responsables turcs ont indiqué que la participation à l'accord n'impliquait pas le déploiement automatique de troupes turques dans chaque crise régionale, les décisions d'emploi de la force continuant de relever des procédures constitutionnelles nationales. Ils ont également précisé que le texte complétait les alliances existantes, l'OTAN comprise, sans s'y substituer.
Le précédent invite à la prudence. Le 17 septembre 2025, l'Arabie saoudite et le Pakistan avaient déjà signé à Riyad un accord de défense bilatéral, le Strategic Mutual Defence Agreement. Or Islamabad n'a pas répondu militairement aux attaques iraniennes visant le royaume. « Il faut se garder de considérer que cela prendrait effet immédiatement », a écrit H. A. Hellyer, chercheur associé au Royal United Services Institute, cité par Breaking Defense. Une analyse de l'Atlantic Council va dans le même sens : le pacte n'est pas une alliance de type OTAN, et les accords de défense mutuelle antérieurs n'ont pas produit de réponse comparable à l'article 5.
Le parapluie nucléaire, un point disputé
Breaking Defense écrit que l'accord de septembre 2025 avait placé Ryad sous le parapluie nucléaire pakistanais. Cette lecture est contestée : les responsables pakistanais ont toujours soutenu que ce texte ne comportait aucune garantie nucléaire, la doctrine d'Islamabad restant orientée contre l'Inde. Le vice-ministre saoudien de la diplomatie publique, Rayed Krimly, a affirmé que le nouvel accord ne constituait ni un axe militaire ni un bloc confessionnel, et n'était lié à aucune ambition nucléaire ni à aucune course aux armements. Aucun texte intégral n'a été publié, ce qui laisse la question ouverte.
Une signature en pleine guerre régionale
L'accord intervient alors que le royaume subit des frappes répétées de forces soutenues par Téhéran. Le commandement des forces conjointes de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite au Yémen a fait état jeudi, par la voix du général Turki al-Maliki, de onze civils blessés dans la région de Najran, dont une femme et un enfant de quatre ans brûlés au second degré, selon l'agence de presse saoudienne. Le même jour, selon des sources militaires citées par Novinite, des tirs de missiles et de drones houthistes ont tué des dizaines de soldats gouvernementaux yéménites. Ryad avait déjà engagé, fin juillet, des frappes conjointes avec les États-Unis contre des milices pro-iraniennes en Irak.
Des réactions plus contrastées qu'annoncé
À Téhéran, la réponse n'a pas été univoque. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a appelé les nations musulmanes à la solidarité et à s'appuyer sur leurs propres capacités plutôt que sur des puissances extérieures, un message lu par plusieurs médias comme un accueil favorable, même s'il n'était pas explicitement rattaché au pacte. Un membre de la commission de sécurité nationale du Parlement iranien, Ebrahim Rezaei, a en revanche jugé sur X qu'un accord sur le papier avec la Turquie et le Pakistan n'apporterait pas la sécurité aux Saoudiens.
Côté israélien, le bureau de Benjamin Netanyahou n'a pas commenté la signature. Le Premier ministre avait toutefois annoncé en février un projet d'alliances régionales incluant la Grèce et Chypre, présenté comme une réponse à un « axe sunnite radical » émergent qu'il n'a jamais précisément défini.



