Un contrat signé sur le pont de l'Amiral Ronarc'h
Le contrat a été signé le 31 août par Mikael Granholm, directeur général de l'agence suédoise d'armement FMV, et Pierre Éric Pommellet, PDG de Naval Group, en présence d'Emmanuel Macron et du Premier ministre suédois Ulf Kristersson, selon le communiqué de l'industriel. La cérémonie s'est tenue à bord de l'Amiral Ronarc'h, tête de série des frégates de défense et d'intervention françaises, venue mouiller à Stockholm pour l'occasion.
La FMV chiffre l'ensemble à environ 47 milliards de couronnes, simulateurs, rechanges et matériels associés compris, quand Paris retient 4,3 milliards d'euros. L'écart avec l'estimation de mai, autour de 40 milliards de couronnes, tient à ce périmètre élargi. Un peu plus de trois mois séparent la sélection du français, annoncée le 19 mai, de la signature ferme, un délai court pour un programme de cette taille. Naval Group avait alors écarté les offres de Babcock, avec son Arrowhead 120, et de Navantia.
Les quatre bâtiments formeront la classe Luleå. Naval News en donne les noms, Luleå, Norrköping, Trelleborg et Halmstad, et le calendrier, 2030 pour la tête de série puis 2032, 2033 et 2034. L'écart de deux ans avec la deuxième unité tient à la mise au point du prototype.
Une marine sans missile antiaérien depuis quarante ans
Ulf Kristersson et son ministre de la Défense Pål Jonson présentent l'achat comme un triplement de la défense aérienne du pays, sans expliciter le périmètre du calcul, qui englobe selon Naval News les moyens terrestres et de surface. Le chiffre prend son sens quand on rappelle ce qu'il complète. La marine suédoise n'a plus mis en œuvre de missile surface-air embarqué depuis le retrait du Seacat, au début des années 1980. Elle ne passe donc pas d'une capacité à une autre, elle en récupère une perdue depuis quarante ans.
L'armement retenu combine deux familles de missiles MBDA. Les Luleå recevront des lanceurs Sylver A50 pour l'Aster 30 et un nouveau lanceur à éjection froide pour le CAMM-ER, à raison de trois missiles par cellule, soit selon Naval News jusqu'à 48 CAMM-ER et 16 Aster 30 par navire. Ce choix a une conséquence peu relevée. Le Sylver A50 ne tire pas le missile de croisière naval MdCN, qui exige un lanceur A70. La proposition française de missiles de croisière, évoquée par Emmanuel Macron devant la presse, ne figure donc pas dans la configuration signée.
Une plateforme française, un armement suédois
La coque reste celle des FDI françaises et grecques, environ 122 mètres pour quelque 4 500 tonnes, avec le radar Sea Fire à panneaux fixes et les sonars Kingklip Mk2 et Captas-4 de Thales. Le reste change. Saab fournit le radar Giraffe 1X, les missiles antinavires RBS 15, les torpilles Torped 47 et le système d'artillerie téléopérée Trackfire, tandis que les canons de 57 et 40 millimètres viennent de BAE Systems Bofors.
Ce que Stockholm achète n'est donc pas un navire français sur étagère, mais une plateforme française remplie d'électronique et d'armement nationaux. Naval Group évoque un partenariat industriel de long terme incluant des transferts de savoir-faire vers des partenaires suédois. Saab, écarté de la plateforme, se retrouve fournisseur de premier rang du vainqueur.
Un accord-cadre qui déborde du naval
Le même jour, la ministre française des Armées Catherine Vautrin et Pål Jonson ont signé un accord-cadre de défense. La présidence française en détaille trois axes, selon Mer et Marine : un axe politico-militaire, avec une présence française accrue dans le Grand Nord et en Baltique ; un axe industriel, avec les avions GlobalEye de Saab, les missiles Akeron MP et NLAW et les vedettes CB90 ; un axe opérationnel couvrant le terrestre, l'aérien, le spatial et le cyber.
Le volet nucléaire est le plus notable. La Suède a répondu tôt au concept de dissuasion avancée présenté par Emmanuel Macron le 2 mars à l'Île Longue, et les deux pays ont tenu à Paris le 23 avril leur premier groupe de pilotage nucléaire, selon l'Élysée. Pour un pays entré dans l'OTAN en 2024 après avoir abandonné sa neutralité, le basculement est rapide.
Lorient encaisse ce que la Norvège avait refusé
Les quatre frégates seront construites au chantier Naval Group de Lorient. Le contrat porte à treize le nombre de FDI vendues, cinq à la France, quatre à la Grèce et quatre à la Suède. Il tombe presque un an jour pour jour après le revers norvégien. Le 31 août 2025, Oslo avait préféré le Type 26 de BAE Systems à l'offre française, en invoquant l'intégration de sa marine avec la Royal Navy. Le raisonnement suédois est le même, appliqué cette fois à la France, et il rappelle que ces contrats se jouent autant sur la proximité politique que sur la fiche technique.



