Depuis le 15 juillet 2026, des milliers d'Ukrainiens manifestent chaque jour devant la présidence à Kyiv pour réclamer le limogeage du commandant en chef Oleksandr Syrskyi. Le mouvement a éclaté après le renvoi du ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov, un réformateur de 35 ans crédité d'avancées sur le front. Derrière la querelle de personnes se joue un affrontement sur le contrôle civil de l'armée, selon le RUSI.
Des manifestations qui durent depuis une semaine
Le renvoi de Mykhaïlo Fedorov, annoncé le 15 juillet, a déclenché des rassemblements dans plusieurs villes ukrainiennes. Devant le bureau présidentiel, les manifestants scandent « Syrskyi dehors » et brandissent des râpes à fromage, jeu de mots sur le nom du général (« syr » signifie fromage en ukrainien), rapporte le Guardian. Beaucoup sont des soldats et des vétérans. Ils demandent le retour de Fedorov à son poste et, désormais, le départ de Syrskyi. Les organisateurs ont fixé à Volodymyr Zelensky un ultimatum au vendredi, faute de quoi ils promettent une « grève générale illimitée ».
Ce que le ministre réformateur voulait changer
Nommé en janvier 2026, Fedorov était arrivé avec un plan précis, selon l'analyse du chercheur Jack Watling pour le Royal United Services Institute. Un audit avait conclu qu'environ un sixième des 120 brigades ukrainiennes souffrait d'un commandement défaillant. Le ministre voulait dissoudre ces unités et redéployer leurs hommes vers des brigades mieux tenues, réduire à moins de quarante jours des rotations qui laissaient parfois les soldats jusqu'à deux cents jours au combat, et donner priorité aux commandants les plus inventifs dans l'emploi des technologies. Il visait aussi une refonte de la conscription, jugée impopulaire et inefficace.
Un affrontement sur le contrôle civil de l'armée
D'après le RUSI, l'état-major dirigé par Syrskyi a résisté à ces réformes point par point : là où le ministère ordonnait de regrouper des brigades, le général en créait de nouvelles. Fedorov y voyait une atteinte à son mandat, voté par le Parlement ; Syrskyi défendait, lui, l'intégrité de la chaîne de commandement face à un ministère accusé de vouloir piloter directement les unités. Zelensky a tranché en renvoyant Fedorov, tout en affirmant que les réformes se poursuivraient. Pour beaucoup d'Ukrainiens, l'enjeu est de savoir si l'armée peut dicter sa politique au pouvoir civil, question ravivée depuis la Révolution de la dignité de 2014.
Zelensky examine onze candidats
Syrskyi, qui pourrait être démis « dans les prochains jours » selon des sources citées par Bloomberg et le Kyiv Independent, dément tout conflit avec Fedorov. Dans une tribune parue lundi, il s'est dit « surpris d'apprendre » cette brouille et a présenté ses excuses. L'état-major a démenti les informations sur un limogeage imminent, rappelant qu'un tel départ relève d'un décret présidentiel. Zelensky examinerait une liste de onze noms, rapporte Meduza. Mykhaïlo Drapatiy, chef des Forces interarmées et recommandé par Fedorov, tiendrait la corde ; Oleh Apostol aurait la préférence de Syrskyi. Le poste de ministre a déjà été confié, par intérim, à Yevhen Khmara, jusque-là chef par intérim du SBU.
Une décision attendue avant vendredi
Le sort du commandant en chef devrait se jouer avant la fin de la semaine. Reste à savoir si un successeur pourra mener les réformes voulues par Fedorov sans se heurter au même blocage, alors que l'Ukraine cherche à consolider ses défenses avant l'hiver.

