Une annonce faite au symposium Tailhook
L'US Navy a révélé l'existence de l'AIM-424 le 22 août 2026, lors du symposium annuel de la Tailhook Association, à Reno (Nevada). L'information a d'abord été rapportée par Aviation Week, avant d'être confirmée par une fiche technique mise en ligne le jour même sur le site de la marine américaine. Deux photographies officielles accompagnent la révélation : un Super Hornet de l'escadron d'essais VX-23 emportant quatre exemplaires du missile, prise en avril 2026, et une vue de l'engin logé dans la soute interne d'un F-35C.
Le programme était donc déjà en phase d'essais en vol au moment de sa divulgation. La Navy s'en tient là : selon son communiqué, les capacités précises et le calendrier de mise en service restent classifiés pour des raisons de sécurité opérationnelle.
Ce que dit la fiche technique
Les chiffres publiés par la marine américaine donnent un missile de 4,11 mètres de long pour 34 centimètres de diamètre, 67 centimètres d'envergure et 680 kilogrammes. La portée est annoncée supérieure à 250 milles nautiques, soit plus de 463 kilomètres. La propulsion repose sur un moteur-fusée à propergol solide et la charge militaire est de type fragmentation.
Deux précautions s'imposent sur ces données. D'abord, les chiffres de portée diffusés par le Pentagone sont fréquemment minorés, et The War Zone souligne que celui-ci pourrait l'être volontairement. Ensuite, plusieurs sources contredisent la fiche officielle sur la propulsion : Aviation Week et The Aviationist évoquent une architecture à deux étages intégrant un statoréacteur, quand la Navy ne mentionne qu'un moteur-fusée classique. Le fabricant, lui, est identifié sans ambiguïté : Raytheon, filiale de RTX.
Le vrai saut tient dans la soute du F-35C
C'est le point le plus significatif de cette révélation, et il ne figure pas dans la fiche technique. L'imagerie officielle montre un AIM-424 installé dans la soute interne d'un F-35C, avec un AMRAAM accroché sur la porte de soute. Autrement dit, le missile a été dimensionné autour des contraintes d'emport interne du F-35, ce qui permet à l'appareil de conserver sa signature furtive tout en emportant une allonge de plus de 460 kilomètres.
C'est précisément ce que ne permet pas l'AIM-174B Gunslinger, l'autre missile très longue portée de la Navy, dérivé du missile surface-air SM-6 : avec ses 860 kilogrammes, il ne s'emporte que sous voilure. L'AIM-424 devient donc, si les images correspondent à une configuration opérationnelle, la première arme air-air américaine à combiner très longue portée et emport furtif.
Où Malice se situe dans l'arsenal américain
Le nouveau venu s'insère dans une famille déjà encombrée. L'AIM-120 AMRAAM, en service depuis les années 1990, pèse environ 161 kilogrammes : l'AIM-424 est donc plus de quatre fois plus lourd, et non trois fois comme l'ont écrit plusieurs reprises de l'annonce. Sa portée officielle, comprise entre 130 et 160 kilomètres pour la version D selon les estimations publiques, reste classifiée.
Vient ensuite l'AIM-260 JATM de Lockheed Martin, aux dimensions proches de celles de l'AMRAAM, crédité d'au moins 200 kilomètres. Puis le Gunslinger. Le classement exact de Malice dans cette hiérarchie fait débat : Naval News affirme qu'il dépasse l'AIM-174B en portée comme en vitesse, tandis que The War Zone l'estime plutôt entre l'AIM-260 et le Gunslinger, sans trancher. Les deux lectures reposent sur les mêmes données publiques, ce qui donne la mesure de l'opacité entretenue autour du programme.
Une réponse à l'allonge chinoise
L'arrivée de l'AIM-424 s'inscrit dans une course à l'allonge que Washington a identifiée comme prioritaire face à Pékin. Le raisonnement est celui du groupe aéronaval : plus les missiles antinavires chinois portent loin, plus les avions qui les emportent doivent être interceptés tôt, donc loin du porte-avions. L'argumentaire de la Navy le formule en ces termes, en parlant de renforcement de la défense de la flotte. Phil Jasper, président de Raytheon, y voit selon Aviation Week un bond de génération en matière de supériorité aérienne.
Côté américain, l'ambition affichée va bien au-delà. L'US Air Force a fait connaître son intérêt pour un missile air-air d'une portée de l'ordre de 1 000 miles, soit près de 1 600 kilomètres. Une précision utile ici : le rapport remis au Congrès en décembre 2024, souvent cité à l'appui de ce besoin, décrivait en réalité une menace projetée à l'horizon 2050, celle d'armes antiaériennes adverses de plus de 1 000 miles capables de viser les ravitailleurs et les avions radar AWACS. La demande américaine découle de cette anticipation, elle n'y figure pas telle quelle.
Reste que l'AIM-424 n'atteint pas ces ordres de grandeur. Il consolide surtout un créneau intermédiaire, celui d'une arme très longue portée compatible avec la furtivité, là où le programme exploratoire Long-Range Engagement Weapon, divulgué en 2017, avait posé les jalons d'un missile à deux étages emportable en soute.



