La Belgique a signé avec les Pays-Bas, en marge du sommet de l'OTAN organisé à Ankara les 7 et 8 juillet 2026, un accord portant sur 3,1 milliards d'euros de capacités terrestres de défense aérienne. Le pays, qui ne comptait plus aucun système sol-air en service, recevra dix batteries NASAMS, vingt tourelles Skyranger 30, quatorze radars et des dizaines de véhicules de commandement. Une première batterie, louée au constructeur, doit être opérationnelle dès 2027.
Un accord scellé au sommet de l'OTAN à Ankara
Le ministre belge de la Défense Theo Francken a annoncé l'accord le 8 juillet, pendant le sommet de l'Alliance à Ankara, selon Opex360. L'achat conjoint avec les Pays-Bas comprend dix batteries NASAMS (Norwegian Advanced Surface to Air Missile System) du norvégien Kongsberg, vingt systèmes Skyranger 30 produits par Rheinmetall, quatorze radars GM200 conçus par Thales et cinquante-quatre véhicules de commandement fournis par Iveco.
Neuf batteries NASAMS reviendront à la Belgique et une au Grand-Duché de Luxembourg, chacune étant dotée de quatre lanceurs, d'après la VRT. La Belgique « va, grâce à cet achat conjoint, se doter à nouveau d'une capacité de défense aérienne puissante », s'est félicité Theo Francken dans un communiqué. Les Pays-Bas n'ont en revanche pas précisé le degré de leur engagement financier dans le dispositif, relève Opex360.
Vingt ans de vide capacitaire
La situation de départ est singulière pour un pays qui abrite la Commission européenne et le quartier général de l'OTAN : la Belgique a mis au rebut ses derniers moyens antiaériens de courte portée en 2017 et, fin mai 2026, aucun missile ni canon antiaérien n'était répertorié en service dans ses forces armées, selon Meta-Defense. Ce vide résulte des réductions budgétaires engagées à la fin des années 1990.
Le redressement a commencé avec le plan STAR, adopté en juin 2022, qui fait d'une défense aérienne multicouche une priorité, puis avec l'adhésion au « bouclier du ciel européen » (ESSI) lancé par l'Allemagne dans le cadre de l'OTAN. La Vision stratégique présentée à l'été 2025 a confirmé l'orientation. Deux premières briques ont précédé l'accord d'Ankara : un contrat de 226 millions d'euros notifié à MBDA début 2026 pour 465 missiles très courte portée Mistral 3, et l'acquisition de systèmes portatifs polonais Piorun destinés au régiment d'opérations spéciales. Le ministère résume l'urgence d'une formule : la « porte arrière de l'OTAN » n'est pas protégée.
Pourquoi acheter via les Pays-Bas
Plutôt que d'ouvrir une procédure nationale, Bruxelles s'appuie sur les contrats-cadres néerlandais existants, La Haye opérant des NASAMS depuis près de deux décennies. « Ceci permet une acquisition belge plus rapide. De plus, une acquisition via les Pays-Bas permet à la Belgique de pouvoir partager l'expertise et les connaissances », justifie le ministère de la Défense dans une réponse parlementaire citée par Forces Operations Blog.
La rapidité compte double dans un marché sous tension : Kongsberg vient de signer un contrat de 400 millions de dollars avec le Koweït et ses créneaux de production se remplissent vite. La procédure belge a été validée le 17 juin par la commission des Achats et ventes militaires de la Chambre, par six voix contre trois et une abstention. Le programme, piloté par une équipe de projet baptisée « Blue Dome », prévoit que les NASAMS seront principalement opérés depuis la base militaire d'Ursel, tandis que les tourelles Skyranger reviendront à la réserve territoriale en cours de constitution.
Theo Francken revendique un objectif d'architecture commune : les deux pays partageront la même défense aérienne terrestre afin de renforcer « au maximum la coopération en matière de formation, de maintenance, de logistique et de déploiement opérationnel », ainsi que l'interopérabilité au sein du Benelux, de l'OTAN et de l'Union européenne.
Ce que ces systèmes protégeront
Le NASAMS assure la couche moyenne portée du dispositif avec le missile américain AMRAAM, capable d'intercepter avions, missiles de croisière et drones. Le Skyranger 30, tourelle armée d'un canon de 30 mm, cible les menaces à basse altitude, drones en tête. Les emprises visées incluent le port d'Anvers, des centres logistiques d'importance nationale et des corridors de transport critiques, d'après Meta-Defense, en plus des institutions internationales installées à Bruxelles.
L'accord ouvre aussi une perspective industrielle. FN Herstal et l'américain RTX ont engagé un rapprochement en vue d'une production de missiles AMRAAM, alors que la Belgique projette d'en acquérir environ un millier, pour plus de 3 milliards de dollars, là encore en s'appuyant sur un contrat existant, selon Forces Operations Blog.
La longue portée reste à trancher
Le volet supérieur du bouclier, trois batteries de longue portée pour près de 2 milliards d'euros programmés en 2029, n'est pas arbitré. Deux candidats restent en lice : le Patriot américain et le SAMP/T NG franco-italien. En octobre 2024, Bruxelles était donnée sur le point de choisir le système franco-italien, avant que le changement de gouvernement ne gèle le dossier. Une étude comparative, attendue depuis décembre pour éclairer la décision, se fait toujours attendre. Opex360 observe que l'alignement sur l'architecture néerlandaise, construite autour du Patriot, amenuise les chances du SAMP/T NG. Le Luxembourg, associé à l'achat des NASAMS, mène de son côté sa propre réflexion sur un bouclier antiaérien en coopération avec le Benelux, d'après Defence Belgium.
Le calendrier est désormais posé : une première capacité NASAMS louée en 2027, une montée en puissance par paliers, et un arbitrage sur la longue portée avant la fin de la législature. Après deux décennies sans défense sol-air, la Belgique teste avec ce dossier la formule qu'elle défend à l'OTAN : acheter à plusieurs pour aller plus vite.



