L'armée malienne et les paramilitaires russes d'Africa Corps ont repris le contrôle d'Anéfis, dans la région de Kidal, le 10 juillet 2026, au terme d'une semaine de combats face à une coalition réunissant les jihadistes du JNIM et les indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA). La bataille, rythmée par des embuscades contre les convois de renfort et des frappes de drones dans les deux camps, illustre la difficulté de Bamako à tenir le nord du pays.
Une semaine de siège autour du camp militaire
L'offensive débute le 4 juillet : le JNIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda) et le FLA lancent une attaque coordonnée contre Anéfis, pendant que des actions simultanées visent Gao, Sévaré et Kenioroba. Ces diversions servent à disperser les drones des Forces armées maliennes (FAMa) et de leurs alliés russes, d'après la rédaction des Observateurs de France 24. Au soir, le village est aux mains des assaillants ; les FAMa et Africa Corps restent retranchés dans la base militaire voisine. La Croix décrit alors une « violente bataille » concentrée autour de la localité.
Le 5 juillet, les rebelles tiennent toujours Anéfis et détiennent des prisonniers de l'armée régulière, rapporte RFI. Des hélicoptères venus secourir les blessés du camp essuient des tirs et renoncent à atterrir. Plus au sud, à environ 140 kilomètres de Gao, un convoi de renfort tombe dans une embuscade : véhicules brûlés, hélicoptère détruit, demi-tour forcé. Un Mi-24P s'écrase près de Tabrichat ; le FLA revendique sa destruction, sans confirmation indépendante possible.
Les 6 et 7 juillet, le siège se fige et chaque camp multiplie les frappes de drones FPV. Dans la nuit du 7 au 8, un convoi d'une soixantaine de véhicules quitte Gao, escorté par des drones et des avions de combat ; le JNIM et le FLA abandonnent alors Anéfis. Attaquée une dernière fois le 9 juillet près de Tin Araban, la colonne atteint la base, actant la fin de l'offensive. Le 10 juillet, une source militaire confirme la reprise de la ville à l'AFP, selon Le Figaro.
Anéfis, un « entonnoir » qui commande l'accès à Kidal
Le nom d'Anéfis signifie « entonnoir » en tamasheq, la langue des Touareg. « Il s'agit d'un verrou stratégique qui ouvre les portes de la région de Kidal », explique à France 24 Charles Grémont, chercheur à l'Institut des mondes africains. Située à la confluence de deux oueds et à l'embranchement des routes nationales 18 et 19, qui mènent respectivement à Kidal et à Aguelhok, la localité se trouve à une centaine de kilomètres du fief rebelle.
L'enjeu n'est pas le village lui-même, vidé de ses habitants par les violences, mais la base militaire qui le borde. Pour Africa Corps, conserver Anéfis empêche la coalition de descendre vers Gao. Pour le JNIM et le FLA, la prendre aurait consolidé leur contrôle de Kidal, reconquise le 25 avril, et ouvert la voie à l'encerclement de la base d'Aguelhok, plus au nord.
Une coalition entre jihadistes et séparatistes
La bataille confirme la convergence opérationnelle entre le JNIM et le FLA, un mouvement à dominante touarègue qui compte aussi des combattants arabes. Lors de l'assaut, les séparatistes ont engagé des blindés saisis en avril à Kidal. En face, des groupes touaregs restés loyaux à Bamako, le Mouvement pour le salut de l'Azawad (MSA) et le Gatia, ont combattu aux côtés de l'armée et disent avoir neutralisé des véhicules du FLA qui visaient le convoi de renfort.
Des mercenaires russes en première ligne
Le poids d'Africa Corps, structure qui a succédé à Wagner au Mali, ressort de tous les témoignages. « À 95 %, les adversaires étaient les Russes. Les 5 % restants étaient des milices du nord et l'armée malienne », affirme à l'AFP le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, qui présente le retrait de ses hommes comme un choix fait « par stratégie et pour éviter des pertes civiles ». Plus tôt dans la semaine, les autorités maliennes avaient reçu du matériel acheminé par avion militaire à destination du Nord, selon une source aéroportuaire citée par Le Figaro.
Des bilans invérifiables
Dans un communiqué publié le 10 juillet, les FAMa disent avoir détruit « 12 véhicules de combat » et neutralisé « près d'une centaine de terroristes » les 9 et 10 juillet, sans rien préciser de leurs propres pertes. Le FLA revendique de son côté la mort d'un colonel de l'armée et la destruction de sept véhicules du convoi russe du 5 juillet. Aucun de ces bilans n'est vérifiable de source indépendante, et Africa Corps n'a pas communiqué sur ses pertes.
Le scénario rappelle celui de 2023, quand l'armée avait repris Anéfis puis Kidal aux rebelles, avant que la coalition ne renverse la situation au printemps 2026. Le Mali est en proie depuis 2012 à une crise sécuritaire nourrie par les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'État islamique ainsi que par les mouvements indépendantistes touaregs. Les militaires au pouvoir depuis les coups d'État de 2020 et 2021 avaient promis de rétablir la sécurité et l'intégrité du territoire : la bataille d'Anéfis montre que le contrôle du septentrion reste, treize ans plus tard, l'objet d'une guerre d'usure sans vainqueur durable.



