Un tir d'essai en Écosse, rendu public neuf jours plus tard
Le 13 septembre 2026, sur le polygone d'essais sous-marins britannique BUTEC, dans le bras de mer qui sépare l'île de Raasay de la péninsule d'Applecross, en Écosse, le drone XV Excalibur de la Royal Navy a largué une torpille lourde américaine Mk 48. Selon le communiqué de l'US Navy, il s'agissait d'une torpille d'exercice, lancée à titre de « preuve de concept » dans le cadre du projet Broadsword et de l'essai Trial Iron. Pour Londres comme pour Washington, c'est la première fois qu'une torpille part d'un véhicule sous-marin sans équipage.
L'annonce n'est venue que le 22 septembre, par un communiqué de Downing Street centré sur l'intelligence artificielle, publié alors que le Premier ministre Andy Burnham se rendait à l'Assemblée générale des Nations unies pour sa première rencontre avec Donald Trump. Le texte britannique évoque un essai mené « la semaine dernière », le communiqué américain donne la date précise.
Ce que l'essai démontre, et ce qu'il ne démontre pas
La portée réelle du tir tient dans les mots de l'US Navy : l'essai a validé l'intégration « mécanique, électrique et logicielle » d'une charge américaine sur un engin autonome allié. Autrement dit, une arme conçue par un pays peut être emportée et déclenchée par le drone d'un autre. C'est l'interchangeabilité que visent les trois partenaires, et l'amiral Daryl Caudle, chef des opérations navales américaines, parle d'une « première historique pour la guerre sous-marine alliée ».
Le communiqué britannique parle pourtant d'un « tir réel » (live firing), formule reprise telle quelle par plusieurs dépêches. L'US Navy, elle, évoque une torpille d'exercice, sans charge militaire. Selon Defense News, la torpille était fixée dans un berceau sous la coque de l'engin. La soute centrale d'Excalibur ne peut pas accueillir une Mk 48, longue d'environ 5,8 mètres pour 533 mm de diamètre. Mer et Marine relève d'ailleurs que les images diffusées montrent surtout une séparation entre le drone et l'arme. Aucune information n'a été donnée sur un guidage de la torpille vers une cible.
Excalibur, un démonstrateur et non un sous-marin de combat
Construit à Plymouth par la société MSubs dans le cadre du projet Cetus, XV Excalibur mesure 12 mètres pour 19 tonnes de déplacement. Baptisé en mai 2025, il a été remis à la Royal Navy en décembre de la même année. L'engin n'a pas de vocation opérationnelle : il sert de banc d'essai pour des capteurs, des modes de propulsion et des charges utiles, avec une fin de programme prévue en 2028 selon le site spécialisé Navy Lookout.
Le drone avait déjà servi de vitrine à l'alliance. Lors de l'exercice Talisman Sabre 2025, il avait été piloté depuis un centre opérationnel australien, à plus de 16 000 kilomètres. La torpille Mk 48, elle, est l'arme principale des sous-marins australiens, dont la dernière version a été développée conjointement par Washington et Canberra.
Le pilier 2 d'AUKUS passe au concret
Le partenariat AUKUS, annoncé le 15 septembre 2021 par l'Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis, repose sur deux piliers. Le premier concerne les sous-marins nucléaires d'attaque. Le second couvre les technologies avancées, dont les systèmes autonomes et l'intelligence artificielle. Cet essai en est une traduction tangible, obtenue vite : l'US Navy indique que Broadsword a été approuvé en février 2026 et exécuté en moins de sept mois.
La suite est déjà fixée. Le projet Cutlass reprendra les travaux avec la plateforme Dive-XL de l'industriel américain Anduril, sur l'intégration des charges, les architectures de commandement et les scénarios d'emploi tactique. En parallèle, Londres annonce un partenariat entre la Rapid AI Delivery Taskforce du ministère de la Défense et le bureau américain chargé du numérique et de l'IA, consacré à la protection des infrastructures critiques.
Analyse : une arme de plus pour une Royal Navy sous tension
Pour Sidharth Kaushal, chercheur au RUSI cité par ABC News, l'emport d'une charge létale montre que les drones sous-marins peuvent sortir du seul rôle de surveillance. L'enjeu est clair pour la Royal Navy. Son chef, le général Gwyn Jenkins, défend une « marine hybride » mêlant bâtiments habités, drones de surface et engins sous-marins autonomes, tournée en priorité vers l'Atlantique Nord et le Grand Nord.
Ce pari répond aussi à une contrainte de format. Une flotte réduite peut étendre sa présence face aux sous-marins russes dans l'Atlantique Nord si des engins autonomes, moins coûteux et sans équipage à risquer, portent une partie de la menace. Il reste un écart considérable entre un largage d'essai sous un démonstrateur et une capacité opérationnelle, qui suppose endurance, communications sous la mer, identification fiable de la cible et règles d'engagement pour une arme lancée par un engin autonome. Le calendrier de l'annonce, calé sur la visite de New York, rappelle enfin que ce succès technique sert aussi de message politique sur la solidité d'AUKUS.



