Le 3 juillet 2026, le président russe Vladimir Poutine a affirmé devant son état-major que l'armée russe s'était emparée de Kostiantynivka, dans le Donbass. L'Institute for the Study of War (ISW), centre de recherche américain qui suit le conflit au jour le jour, juge cette annonce contraire aux éléments disponibles sur le terrain. Au même moment, aucune progression n'a été confirmée sur le front, tandis que la Russie fait face à une baisse de popularité de son président et à une pénurie de carburant aggravée par les frappes ukrainiennes.
Poutine revendique Kostiantynivka, l'ISW conteste
Selon l'ISW, Vladimir Poutine a réuni le chef d'état-major Valery Guerassimov et plusieurs commandants le 3 juillet au soir pour annoncer la prise de Kostiantynivka, ainsi qu'une série d'avancées revendiquées sur l'ensemble du théâtre, y compris dans l'ouest de l'oblast de Zaporijjia, où les forces russes reculent. Le centre note que l'armée russe a obtenu des gains tactiques dans la ville ces dernières semaines, mais que sa présence se réduit à de petits groupes d'infiltration dispersés entre les positions ukrainiennes. Des sources militaires ukrainiennes citées par l'ISW évaluaient à 100 ou 250 le nombre de soldats russes dans la ville à la mi-juin, soit moins que les effectifs ukrainiens présents sur place.
Pour l'ISW, ces annonces très médiatisées se répètent environ une fois par mois depuis janvier 2026 et relèvent d'une guerre cognitive destinée à convaincre l'Occident d'une capacité russe à percer rapidement le front. Le centre rappelle que les avancées russes de juin 2026 ne représentent qu'une fraction de celles de juin 2025 et que l'offensive de printemps et d'été n'a pas produit de gain opérationnel significatif. La mise en scène du 3 juillet visait aussi, selon l'ISW, à peser sur la couverture médiatique occidentale pendant le week-end de la fête nationale américaine du 4 juillet, Moscou cherchant à capitaliser sur cette victoire informationnelle dans les jours suivants.
Un front sans avancée confirmée
D'après le bilan de l'ISW, ni les forces russes ni les forces ukrainiennes n'ont progressé le 3 juillet. Les opérations offensives russes se sont poursuivies au nord de Kharkiv, dans les directions de Koupiansk, Sloviansk, Pokrovsk et Novopavlivka, sans avancée confirmée, les troupes ukrainiennes menant des contre-attaques autour de Koupiansk. Le ministère russe de la Défense a revendiqué la prise d'Oleksandrivka en diffusant des images de soldats plantant des drapeaux, à environ 15 kilomètres de la zone d'infiltration russe la plus proche. L'ISW indique ne pas pouvoir déterminer si ces images ont été modifiées par intelligence artificielle et les rattache à un schéma plus large de contenus destinés à exagérer les gains russes. 2 unités ukrainiennes ont par ailleurs démenti la prise de Lisne et Kopani, au nord-ouest de Houliaipole, où des images géolocalisées montrent des soldats ukrainiens toujours en position.
Une guerre de drones qui se durcit
Le combat se joue de plus en plus dans les airs. Un commandant ukrainien cité par l'ISW rapporte que, dans la direction de Pokrovsk, 70 à 80% des frappes russes sont désormais menées par drones, contre 20 à 30% par l'artillerie. Les forces russes emploient de nouveaux modèles, dont des drones BM-35, et parviennent parfois à utiliser la technologie Starlink. Dans l'oblast de Zaporijjia, un expert ukrainien signale l'apparition en nombre de munitions rôdeuses Molniya dotées d'intelligence artificielle, contre lesquelles les détecteurs ukrainiens existants seraient inefficaces. De leur côté, les forces ukrainiennes ont frappé des systèmes de défense antiaérienne, des postes de commandement et des dépôts logistiques russes en profondeur, jusqu'en Crimée occupée.
Frappes ukrainiennes et pénurie de carburant en Russie
Les forces ukrainiennes ont poursuivi leur campagne de frappes à longue et moyenne portée. L'ISW fait état d'une attaque contre des infrastructures énergétiques à Belgorod et de frappes en Crimée occupée, dont l'aérodrome militaire de Saky, où les services ukrainiens revendiquent la destruction de 7 avions et de 7 hangars. Ces frappes alimentent une crise du carburant qui s'étend à la Russie. L'ISW rapporte de longues files d'attente dans le Transbaïkal et une suspension temporaire des ventes d'essence à Novorossiisk le 3 juillet. Le premier ministre Mikhaïl Michoustine a signé des décrets abaissant les normes de production pour accroître l'offre, et l'agence Reuters indique que la Russie s'apprête à importer du kérosène depuis le Japon via des intermédiaires. L'ISW estime que les frappes ukrainiennes menées depuis mars 2026 ont réduit les capacités de raffinage russes. En réponse, l'armée russe multiplie à son tour les frappes contre les stations-service ukrainiennes, dans les oblasts de Tchernihiv, Dnipropetrovsk, Kharkiv, Mykolaïv et Soumy.
Une popularité de Poutine en recul
Plusieurs instituts russes ont enregistré une baisse de la cote de Poutine. Le centre d'État VTsIOM a fait état d'un recul de 3,5 points de son approbation, à 66,9%, sur la période du 22 au 28 juin, un rythme que le média indépendant Agenstvo qualifie de plus rapide depuis février 2022. Le centre Levada a mesuré une baisse de l'approbation de 79 à 74% et une part de Russes jugeant le pays sur la bonne voie tombée de 61 à 52%. L'institut FOM, proche du Kremlin, relève que 55% des Russes perçoivent de l'anxiété autour d'eux, un niveau que l'opposition compare à celui de la mobilisation de septembre 2022. Pour l'ISW, la lenteur et le coût des opérations, les difficultés économiques et la pénurie de carburant nourrissent ce mécontentement, et la capacité de Poutine à exiger de nouveaux sacrifices paraît sous tension.
Des avertissements sur une provocation russe contre l'OTAN
L'ISW rapporte que Washington aurait mis en garde la Pologne contre une possible provocation russe visant le flanc oriental de l'OTAN. Le média polonais Onet, citant 5 sources des services et de la défense, évoque plusieurs scénarios possibles, dont des frappes de drones contre des infrastructures critiques, de fausses attaques aériennes ou le franchissement de la frontière par des soldats russes ou biélorusses. Une source d'un État balte a déclaré au Telegraph que Moscou étudiait une provocation contre les pays baltes ou la Pologne, quitte à l'attribuer ensuite à l'Ukraine, des sources européennes indiquant une préférence russe pour la Pologne. L'ISW rattache ces signaux à ce qu'il appelle une campagne de phase zéro, dont la nature et le calendrier restent incertains.
Ce qu'il faut retenir
Le bilan de l'ISW au 3 juillet met en évidence un écart entre les revendications informationnelles russes et la réalité du terrain, où aucune avancée n'a été confirmée. Il souligne une offensive de printemps et d'été sans percée décisive, une pression interne croissante liée à la pénurie de carburant et à la baisse de popularité, et un risque d'escalade vers l'OTAN qui reste à surveiller. Ces évaluations, publiées quotidiennement, décrivent une situation mouvante qui appelle une lecture prudente des annonces des deux camps.



