La candidate de droite Keiko Fujimori a été déclarée vainqueure de l'élection présidentielle péruvienne, près d'un mois après le second tour du 7 juin 2026. Selon la BBC, elle a recueilli 50,14% des voix contre 49,87% pour le candidat de gauche Roberto Sánchez, un écart de moins de 50 000 bulletins certifié par le tribunal électoral péruvien. Fille de l'ancien président Alberto Fujimori, elle doit prendre ses fonctions le 28 juillet, dans un pays marqué par une décennie d'instabilité politique.
Une victoire à la marge la plus étroite
D'après la BBC, le résultat a été proclamé vendredi, au terme d'un dépouillement qui s'est étalé sur près d'un mois. Âgée de 51 ans, Keiko Fujimori remporte la présidence à sa 4e tentative, après des défaites sur des écarts également serrés en 2011, 2016 et 2021. Elle deviendra la 9e personne à diriger le Pérou en une décennie, un chiffre qui résume l'instabilité chronique du pays. Dans sa première réaction citée par la BBC, la nouvelle élue a dit vouloir assumer sa fonction avec responsabilité et humilité, et présenté la transition comme un temps d'écoute et de dialogue, une formulation qui traduit la fragilité de son mandat.
Un résultat contesté par la gauche
Le scrutin ne clôt pas la bataille politique. Roberto Sánchez, 57 ans, ancien ministre du Commerce extérieur, a estimé que le second tour avait été sérieusement compromis et a menacé d'engager des poursuites, selon la BBC. Il met en avant le fort soutien dont Keiko Fujimori a bénéficié auprès des électeurs péruviens de l'étranger, qu'il présente comme un signe d'irrégularités. Après la proclamation, son parti a fait appel de la décision du tribunal électoral et réclamé l'annulation du vote. Cette contestation, sur un écart aussi mince, fait planer le risque d'un différend prolongé sur la légitimité de la future présidente.
L'héritage encombrant du nom Fujimori
La victoire ravive le débat autour de la dynastie Fujimori. Keiko est la fille d'Alberto Fujimori, président de 1990 à 2000, condamné en 2009 à 25 ans de prison pour crimes contre l'humanité, en raison d'exécutions extrajudiciaires liées aux massacres de Barrios Altos et La Cantuta. L'affaire des stérilisations forcées menées durant sa présidence a fait l'objet d'enquêtes mais n'a jamais donné lieu à condamnation. Gracié fin 2023, il est mort en septembre 2024, à 86 ans. Tout au long de la campagne, Keiko Fujimori s'est appuyée sur l'héritage controversé de son père, un nom qui divise profondément la société péruvienne. Ce positionnement lui a permis de mobiliser un électorat sensible aux questions de sécurité, tout en cristallisant l'opposition d'une partie du pays attachée à la mémoire des victimes de cette période.
Un programme sécuritaire et pro-Washington
Selon la BBC, Keiko Fujimori a fondé sa campagne sur la promesse d'une réponse militaire à la criminalité organisée, en particulier aux faits d'extorsion qui ont fortement augmenté ces dernières années. Elle s'est engagée à expulser immédiatement tout étranger en situation irrégulière impliqué dans des délits et à attirer les investissements privés pour soutenir la croissance. Son adversaire défendait de son côté de larges réformes économiques. Le vote a été dominé par les préoccupations liées à l'insécurité et à l'instabilité, un terrain sur lequel la candidate de droite a construit son avance.
Un virage à droite en Amérique latine
L'élection s'inscrit dans une recomposition régionale. La BBC souligne qu'elle coïncide avec la victoire, en Colombie, d'Abelardo de la Espriella, élu lui aussi sur une marge très étroite et un discours de fermeté contre la criminalité. Comme d'autres dirigeants de la région, tels Nayib Bukele au Salvador ou Daniel Noboa en Équateur, ces responsables cherchent à se rapprocher du président américain Donald Trump, plus attentif aux affaires latino-américaines durant son second mandat. Face à cette poussée de la droite, le Brésilien Luiz Inácio Lula da Silva apparaît désormais comme la principale figure de la gauche régionale, à l'approche d'une élection où il doit affronter le fils de l'ancien président Jair Bolsonaro. Plusieurs médias, dont Le Temps et la RTS, confirment ce basculement.
Une gouvernabilité fragile
L'investiture de Keiko Fujimori est attendue le 28 juillet. Elle héritera d'un mandat étroit, contesté par la gauche et adossé à un nom qui divise, dans un pays qui a changé 9 fois de président en 10 ans. La combinaison d'une marge minimale et d'un recours en annulation laisse entrevoir une présidence sous tension dès ses premiers jours, dont la stabilité dépendra de sa capacité à élargir sa base au-delà de son socle électoral. L'Institut Montaigne souligne l'ampleur des défis qui attendent la nouvelle présidence.



