Le groupe européen KNDS a signé, lors du salon Eurosatory 2026, un accord de coopération de long terme avec l'entreprise polonaise Niewiadów pour produire localement des munitions d'artillerie de 155 mm. L'objectif affiché est de bâtir une capacité souveraine de production d'obus sur le flanc est de l'Otan, alors que la guerre en Ukraine a révélé les pénuries européennes.
Un accord de long terme signé à Eurosatory
Dans un entretien accordé à Defence24, Dominique Guillet, vice-président chargé des armements et des munitions chez KNDS, décrit un partenariat industriel destiné à durer. L'accord conclu avec Niewiadów, filiale du groupe Polska Grupa Militarna, fixe le cadre d'une production locale d'obus de 155 mm LU211P, accompagnée des systèmes de charges modulaires (MCS) et d'autres composants comme les étuis-combustibles. « L'objectif est de développer rapidement des capacités de production souveraines pour des systèmes de munitions avancés et de renforcer la résilience de la base industrielle de défense européenne », explique le dirigeant.
La munition LU211P au cœur du transfert de technologie
Le projectile LU211, doté d'un culot amélioré, atteint une portée de 40 kilomètres et se veut simple à fabriquer. Il est compatible avec plusieurs systèmes en service en Europe, dont le Caesar français, le Krab et le K9 Thunder polonais, le PzH 2000 allemand et le RCH 155. Selon Dominique Guillet, KNDS a déjà réalisé l'évaluation initiale des capacités de Niewiadów. Les prochains mois seront consacrés au transfert de technologie, à l'octroi de licences et à la préparation des lignes de production, avec des essais de qualification attendus sur les systèmes polonais Krab et K9. L'accord ouvre aussi la voie à une extension vers les munitions de 105 mm et de char de 120 mm.
Les leçons de la guerre en Ukraine
La démarche répond directement aux enseignements du conflit ukrainien, où la consommation d'obus de 155 mm a dépassé les capacités de production du continent. KNDS indique se concentrer sur les munitions à portée étendue et de précision, comme l'obus guidé Katana, capable d'une précision de l'ordre de la dizaine de mètres. En relocalisant une partie de la fabrication en Pologne, le groupe cherche à sécuriser ses approvisionnements tout en rapprochant la production du front. Pour Varsovie, l'enjeu est de disposer d'un stock national et d'une chaîne d'assemblage moins dépendante des importations, à portée immédiate de la menace russe.
Au-delà de l'artillerie, la lutte anti-drones
L'entreprise met aussi en avant ses solutions de lutte contre les drones, un besoin devenu concret pour Varsovie, dont la frontière de près de 1 000 kilomètres borde l'Ukraine, la Biélorussie et la Russie. KNDS propose son système RapidFire, doté d'un canon de 40 mm, ainsi que des tourelles de 30 mm à munitions à éclatement programmé. Le groupe se dit prêt à un transfert de technologie sans restriction dans ce domaine, tout en reconnaissant que l'armée polonaise a peut-être déjà retenu certaines solutions. Il propose alors d'améliorer leur portée ou leur capacité d'interception à haute altitude.
Un enjeu de souveraineté sur le flanc est
Le partenariat s'inscrit dans une stratégie plus large de KNDS en Pologne. Le groupe avait déjà proposé à Varsovie une production pouvant atteindre 200 000 obus par an et discute en parallèle avec l'entreprise publique PGZ. Selon Defence24, KNDS a par ailleurs quadruplé ses capacités de production en Europe de l'Ouest, en France, en Belgique et en Italie, depuis le début de la guerre en Ukraine. La Pologne, qui investit massivement dans son artillerie, cherche à diversifier ses fournisseurs, comme le montre l'accord parallèle signé entre Niewiadów et l'américain Northrop Grumman. « Le temps presse, et nous devons agir de manière décisive pour l'avenir de l'Europe », résume Dominique Guillet.



