Deux versions inconciliables en vingt-quatre heures
Dimanche 2 août, à bord d'Air Force One, Donald Trump a déclaré aux journalistes que des pourparlers s'ouvriraient le lendemain. "Ce que nous faisons maintenant, c'est parler avec eux, sous la forme d'une négociation. Cela commence demain après-midi", a-t-il dit, sans préciser ni le lieu ni les participants. Le président américain a expliqué avoir renoncé à des frappes qui auraient constitué, selon ses termes, "la plus grosse attaque depuis la Seconde Guerre mondiale", à la demande de l'Iran et des partenaires des États-Unis dans le Golfe : Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Qatar. Des médias iraniens ont démenti que Téhéran ait formulé une telle demande.
Lundi 3 août, le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaeil Baqaei a répondu lors de son point de presse hebdomadaire : "Nous ne négocions pas actuellement avec les États-Unis. Nos négociations sont avec Oman, pour sécuriser le passage par le détroit d'Ormuz." Selon Reuters, il a ajouté qu'aucune réunion n'était programmée, que l'Iran ne prévoyait ni d'accueillir de délégation étrangère ni d'envoyer de négociateurs à l'étranger, et que tous les négociateurs iraniens se trouvaient dans le pays, à l'exception d'Abbas Araghchi, parti en Irak pour le pèlerinage chiite de l'Arbaïn dont il a marqué l'étape de Najaf. Une source iranienne de haut rang citée par la même agence indique qu'il restera indisponible au moins jusqu'à la fin de la semaine.
Le démenti n'a pas clos l'épisode. Dans la journée de lundi, sur Truth Social, Donald Trump a qualifié les dirigeants iraniens d'"incroyablement fourbes", affirmant qu'ils avaient eux-mêmes sollicité une rencontre, et répété que la marine américaine contrôlait déjà entièrement le détroit.
Le détroit d'Ormuz, objet réel du bras de fer
Derrière la querelle sur l'existence des pourparlers, le différend porte sur un passage maritime. Avant la guerre, le détroit d'Ormuz était ouvert à la libre circulation. En 2024, environ 20 millions de barils par jour y transitaient, soit l'équivalent de près de 20 % de la consommation mondiale de produits pétroliers, et environ un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié empruntait la même voie, selon l'agence américaine d'information sur l'énergie. L'Iran a fermé le détroit au début du conflit et exige désormais que les navires empruntent une route qu'il désigne, après demande d'autorisation et paiement de frais de service. Washington refuse ce régime et maintient un blocus naval des ports iraniens.
C'est ce refus qui a nourri la reprise des frappes en juillet, Téhéran n'acceptant aucun itinéraire autre que celui longeant sa propre côte. Baqaei a présenté dimanche à la télévision d'État une piste de sortie négociée avec Oman, situé sur l'autre rive : une route "acceptable pour les deux parties", ni au nord ni au sud, respectant les droits souverains de chacun. Il a immédiatement ajouté qu'un tel accord ne signifierait pas la réouverture du détroit, et maintenu que la situation resterait inchangée tant que durerait le blocus américain. La distinction n'a rien de formel : elle sépare un arrangement technique de circulation d'une levée du contrôle iranien. Le premier est à portée de main, le second reste hors d'atteinte.
Ce que dit vraiment le mémorandum d'Islamabad
Les deux capitales s'appuient sur le même texte pour dire l'inverse, et les dépêches résument ce désaccord en opposant deux lectures sans citer le document. Le mémorandum d'entente, dit d'Islamabad parce qu'il a été négocié dans la capitale pakistanaise avec la médiation du Qatar et du Pakistan, a été signé à distance le 17 juin par Donald Trump et le président iranien Masoud Pezeshkian. Ce cadre en quatorze points prévoyait une cessation des hostilités, la levée du blocus, un allègement des sanctions pétrolières et soixante jours de trêve pour négocier un accord définitif.
Sur Ormuz, la clause opératoire ne dit ni ce que Washington en retient, ni tout à fait ce que Téhéran en retient. Elle engage l'Iran à faire ses "meilleurs efforts" pour le passage sûr des navires commerciaux "sans frais, pendant soixante jours seulement". Autrement dit, le texte n'impose pas une réouverture inconditionnelle du détroit, contrairement à ce que soutient l'administration américaine, mais il ne consacre pas davantage une autorité iranienne permanente sur le trafic : il suspend simplement la facturation pour une durée limitée, ce qui laissait à Téhéran la possibilité d'instaurer des frais de service à l'expiration du délai. C'est cette ambiguïté assumée à la signature, et non une trahison de l'une ou l'autre partie, qui alimente aujourd'hui deux récits incompatibles.
Le mémorandum n'a pas tenu jusqu'au terme des soixante jours. Après des tirs iraniens contre des navires ayant emprunté un itinéraire non approuvé début juillet et des frappes américaines en représailles, Donald Trump a déclaré l'accord caduc le 8 juillet ; le vice-ministre iranien des affaires étrangères a annoncé le 18 juillet la suspension des engagements de Téhéran. Depuis, l'Iran refuse publiquement toute négociation avec Washington. Le porte-parole de la commission de sécurité nationale du Parlement iranien, Hassan Ghashghavi, a toutefois indiqué dimanche que des médiateurs cherchaient à relancer "l'accord d'Islamabad en quatorze points". Sur X, Masoud Pezeshkian a résumé la position officielle : "Nous devons nous efforcer de contraindre l'ennemi à rester engagé par ce qu'il a signé."
Cinq mois d'annonces suivies de reculs
Le scénario du week-end n'est pas inédit. Depuis le lancement de l'offensive américano-israélienne le 28 février, Donald Trump a plusieurs fois annoncé des frappes de grande ampleur avant de les annuler, en invoquant des contacts diplomatiques. La semaine dernière encore, il menaçait de frapper l'Iran "très fort" et envisageait, selon plusieurs médias, des attaques contre les infrastructures énergétiques, les ambassades américaines de la région ayant été placées en alerte. Il s'est rétracté samedi en affirmant que les "périmètres" d'un accord étaient réunis.
Cette alternance a un coût politique. Aucun des objectifs fixés au début de la guerre, démanteler le programme nucléaire iranien, réduire la capacité de Téhéran à frapper ses rivaux régionaux, créer les conditions d'un renversement du pouvoir clérical, n'est atteint. Chaque escalade américaine a été suivie d'une riposte iranienne contre les forces américaines de la région, contre les alliés arabes du Golfe et contre le trafic maritime, puis d'un retrait américain. Si Téhéran conserve sur Ormuz un contrôle supérieur à celui d'avant-guerre, l'issue sera lue comme un revers pour Washington.
Ce que les marchés et les voisins en ont retenu
Les opérateurs ont d'abord retenu la désescalade, et le mouvement s'est amplifié au fil de la séance. À l'ouverture des marchés asiatiques, le Brent perdait environ 4,8 % à 83,70 dollars le baril et le WTI 6 % à 79,60 dollars, selon Reuters ; en milieu de journée à New York, le recul atteignait 5,6 % pour le Brent, à 82,99 dollars, et 7,2 % pour le WTI, à 78,57 dollars. Ce repli n'efface qu'une partie de la hausse de juillet, où les deux références avaient gagné plus de 20 % à la faveur de la reprise des combats et d'attaques contre des navires marchands au large d'Oman.
Le trafic maritime, lui, reste très dégradé. La société de suivi Kpler relevait fin juillet quatorze passages de navires marchands en une journée, contre moins de dix la semaine précédente, mais des chargements dans le Golfe divisés par plus de deux : la légère reprise du nombre de transits ne se traduit pas en exportations. La volatilité n'a pas disparu non plus. Dimanche, le commandant d'un pétrolier a signalé une explosion à une vingtaine de milles nautiques au nord-est du port omanais de Khasab, selon l'organisme britannique UKMTO ; le navire et son équipage sont indemnes.
La diplomatie régionale s'est intensifiée en parallèle. Abbas Araghchi s'est entretenu une deuxième fois en vingt-quatre heures avec le ministre saoudien des affaires étrangères Faisal ben Farhan, le chef de l'armée pakistanaise Asim Munir et le ministre turc Hakan Fidan. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a, lui, appelé Donald Trump le 2 août pour plaider la priorité au dialogue et la prévention d'un conflit plus large, selon le communiqué de l'agence de presse saoudienne.
Ce qu'il faudra surveiller
Trois éléments permettront de trancher entre les deux récits. La conclusion, ou non, de l'accord annoncé comme proche entre l'Iran et Oman sur une route alternative : c'est le seul processus que Téhéran reconnaît. Le retour d'Abbas Araghchi, dont l'agenda conditionne toute rencontre ministérielle. Le sort du mémorandum d'Islamabad enfin, dont la relance par les médiateurs serait le premier signe tangible d'un canal rouvert. En l'absence de lieu, de date et de délégation identifiés, l'annonce faite depuis Air Force One reste, à ce stade, invérifiable.



