Une annonce au sommet d'Ankara
Le 7 juillet 2026, en marge du sommet de l'OTAN à Ankara, Donald Trump a déclaré vouloir lever les sanctions prévues par le Countering America's Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA) et réintégrer la Turquie au programme du F-35, le chasseur américain de cinquième génération. Le président américain a présenté ce geste comme un "grand cadeau" à son homologue Recep Tayyip Erdogan, dans une logique de rapprochement bilatéral. Washington avait exclu Ankara du programme en 2019, après l'acquisition des systèmes de défense aérienne russes S-400, jugés incompatibles avec la protection des technologies de l'appareil.
Un mur législatif à Washington
L'annonce se heurte aux textes votés par le Congrès. La loi d'autorisation de la défense NDAA interdit tout transfert lié au F-35 tant que la Turquie détient les S-400 et qu'aucune assurance vérifiable n'exclut leur réacquisition. Devant la Commission des affaires étrangères, le 3 juin 2026, le secrétaire d'État Marco Rubio avait confirmé que le gouvernement restait lié par ces dispositions. Avant le sommet, 18 élus démocrates de la Chambre, menés par la représentante Dina Titus, ont demandé aux chefs de groupe Steve Scalise et Hakeem Jeffries de se tenir prêts à bloquer tout transfert. "L'intégrité de ce cadre dépend de la volonté du Congrès de l'appliquer", écrivent-ils, rappelant que les sanctions de 2020 n'ont jamais été annulées.
L'obstacle des S-400
La réintégration reste tributaire d'une solution concrète sur les S-400. Parmi les pistes évoquées par des interlocuteurs turcs et américains figure le transfert du système vers un pays tiers, mais aucune modalité vérifiable n'a été rendue publique par Ankara. Faute d'un mécanisme certain de retrait ou de neutralisation, l'exécutif américain ne peut certifier la levée des conditions fixées par la NDAA. Le vice-président James David Vance a indiqué que l'administration examinait les conditions d'un éventuel contrat, tandis que l'ambassadeur américain Tom Barrack avait estimé plus tôt dans l'année que le dossier pourrait être réglé "dans les quatre à six mois".
Les oppositions d'Israël et de la Grèce
Le projet suscite des réserves régionales. En Israël, le Premier ministre Benyamin Netanyahou s'oppose à tout transfert de F-35 ou de moteurs vers Ankara, alors que certains composants du chasseur, dont les ailes externes et l'affichage de casque, issu d'une coentreprise entre l'israélien Elbit et l'américain Rockwell Collins, font intervenir des entreprises israéliennes. "Fournir des avions à la Turquie n'est pas souhaitable dans notre région", a résumé le diplomate Noam Katz. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a annulé une visite prévue en Israël. À Athènes, plusieurs responsables, dont l'ancien Premier ministre Alexis Tsipras, ont appelé Washington à freiner toute livraison de systèmes avancés à la Turquie.
Une Turquie qui diversifie déjà
Dans l'attente, Ankara poursuit d'autres axes de modernisation aérienne. En octobre 2025, la Turquie a signé avec le Royaume-Uni l'achat de 20 Eurofighter Typhoon neufs, pour un montant pouvant atteindre 10,71 milliards de dollars selon Londres, Ankara ayant ensuite évoqué une somme inférieure pour les seuls appareils, avec des premières livraisons attendues à partir de 2030. Le programme national de chasseur KAAN avance, avec une première commande de 20 appareils, et la modernisation des F-16 se poursuit. Washington a par ailleurs notifié au Congrès une vente de moteurs General Electric F110 pour plus de 700 millions de dollars ; un premier lot de dix a été livré en 2025, et Ankara en réclame 80 de plus pour le KAAN et ses F-16. Cette vente peut encore faire l'objet d'une résolution de désapprobation au Congrès dans un délai de quinze jours.
Un accord global en toile de fond
Dans la presse turque, des sources évoquent un cadre de coopération économique et de défense évalué à 500 milliards de dollars, liant des investissements énergétiques de groupes américains à des fournitures militaires destinées à Ankara, avec des signatures autour des 7 et 8 juillet. Ces éléments n'ont pas été confirmés officiellement à Washington. Selon l'IRIS, le sommet d'Ankara a surtout confirmé la capacité de Donald Trump à imposer son tempo à une Alliance traversée de fissures. À court terme, l'effectivité de la promesse dépendra des échanges entre la Maison Blanche et le Congrès, et d'un règlement du dossier S-400.



