Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a mandaté, le 6 juillet 2026, une enquête urgente sur El-Obeid, ville du Kordofan du Nord assiégée depuis dix-huit mois par les Forces de soutien rapide. La décision intervient alors que le Haut-Commissaire Volker Türk redoute des atrocités imminentes et que le Soudan glisse vers une partition territoriale durable.
Une enquête urgente ordonnée à Genève
Réuni à Genève, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a adopté lundi 6 juillet 2026, par consensus de ses 47 membres, une résolution confiant à la Mission internationale indépendante d'établissement des faits sur le Soudan une enquête urgente sur les violations commises à El-Obeid. La mission doit présenter une première mise à jour au Conseil et à l'Assemblée générale lors de leurs prochaines sessions, en septembre, avec pour objectif d'établir les responsabilités dans les violations du droit international humanitaire. Le texte condamne les conditions de siège imposées depuis près de dix-huit mois à la ville par les Forces de soutien rapide (RSF) et les violences visant les populations civiles. Un premier siège prolongé avait été brisé par l'armée début 2025 avant que les RSF ne rétablissent un blocus, notamment par attaques de drones. Trois jours plus tôt, le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Volker Türk, avait lancé une alerte rouge, se disant très préoccupé par la menace d'atrocités à grande échelle. Plusieurs gouvernements et organisations de défense des droits humains avaient relayé cette inquiétude dans les jours précédant le vote de Genève.
El-Obeid, verrou logistique du Kordofan
Capitale du Kordofan du Nord, El-Obeid occupe une position stratégique décisive. Selon l'analyse de l'IRIS, la ville constitue le principal nœud logistique reliant l'est du pays, autour de Port-Soudan et de Khartoum, à l'ouest et au Darfour. Pour les Forces armées soudanaises (SAF) du général Abdel Fattah al-Burhan, la tenir permet d'assurer une continuité territoriale et d'acheminer carburant, vivres, munitions et aide humanitaire. Pour les RSF du général Mohammed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, sa prise relierait leurs positions du Darfour à celles du Kordofan du Sud, isolerait les SAF dans l'est et ouvrirait les routes menant vers Khartoum et Wad Madani. La chute de la ville pourrait ainsi sceller une victoire territoriale des paramilitaires et modifier durablement l'équilibre du conflit, ce qui explique l'urgence exprimée par les Nations unies.
2026, l'année d'un basculement
Déclenchée le 15 avril 2023 à Khartoum, la guerre oppose l'armée régulière aux RSF, issues des milices janjawid du Darfour, après l'échec de leur intégration dans une force unique prévue par le cadre politique de 2022. La révolution de 2019 puis le coup d'État de 2021 avaient déjà installé une cogestion instable entre les deux camps. Le début de 2026 marque un tournant, souligne le chercheur associé à l'IRIS Jean-Marc Gravellini. Le drone est devenu l'arme centrale des deux camps, provoquant une hausse spectaculaire des pertes civiles et rendant les villes assiégées plus vulnérables encore. La géographie du conflit s'est figée en deux blocs: les SAF tiennent l'est autour de Port-Soudan, les RSF dominent le Darfour et une large partie du Kordofan. Cette partition de fait transforme la guerre en affrontement territorial durable, que certains analystes décrivent déjà en trois zones, un espace RSF à l'ouest, un bloc SAF à l'est et des régions contestées autour de Khartoum, du Nil Blanc et du Nil Bleu.
La pire crise humanitaire du monde
En 2026, l'ONU qualifie le Soudan de plus grave crise humanitaire de la planète, avec plus de trente millions de personnes ayant besoin d'aide et des régions entières privées d'accès humanitaire. Les épisodes de famine se multiplient dans les zones assiégées, où l'aide peine à entrer. Depuis 2023, plus de quatre millions et demi de personnes ont fui vers les pays voisins, selon les Nations unies. Le Tchad, déjà fragile, accueille plus d'un million de réfugiés dans des camps saturés, au risque de tensions ethniques et de débordements transfrontaliers. Le Soudan du Sud, lui-même en crise, l'Éthiopie, encore marquée par la guerre du Tigré, et l'Égypte subissent une pression croissante sur leurs ressources. La guerre soudanaise s'installe ainsi comme une menace pour la stabilité de toute la région, avec la circulation accrue d'armes et de combattants au-delà des frontières.
Les leviers des puissances extérieures
La sortie de crise dépend largement de puissances extérieures. Les Émirats arabes unis, accusés de soutenir les RSF, ce qu'ils démentent, pourraient peser sur l'arrêt des livraisons d'armes. L'Égypte, alliée des SAF, conserve une influence sur le général al-Burhan. Les États-Unis ont déjà sanctionné des réseaux d'approvisionnement et peuvent durcir la pression diplomatique, tandis que l'Union européenne finance une part de la réponse humanitaire. L'ONU pourrait pour sa part imposer un embargo sur les drones, devenus l'arme déterminante du conflit. Selon l'IRIS, aucune paix durable ne sera possible sans trois conditions réunies: couper les flux d'armes, garantir l'accès humanitaire aux villes assiégées et imposer aux belligérants une transition politique inclusive. L'enquête ordonnée à Genève ne mettra pas fin aux combats, mais elle vise à documenter les responsabilités avant que la bataille du Kordofan ne redessine la carte du pays.


