Un dispositif défensif annoncé le 20 octobre
Le ministère britannique de la Défense a annoncé mardi 20 octobre 2026 l'envoi de chasseurs Typhoon de la Royal Air Force en Arabie saoudite. Selon le communiqué du ministère, les appareils mèneront des missions de défense aérienne au-dessus des villes et des infrastructures critiques du royaume, pour intercepter drones et missiles. Londres précise qu'ils « ne mèneront pas de frappes offensives contre les Houthis ». Le dispositif comprend aussi un avion de transport A400M pour déplacer du matériel de défense à l'intérieur du pays, des conseillers militaires auprès des officiers d'état-major saoudiens, et la prolongation du ravitaillement en vol au profit des opérations aériennes saoudiennes. Le ministère n'indique ni le nombre d'avions, ni leur base, ni la date de début des missions, ni la durée de la prolongation (90 jours selon le Guardian et DW).
Le ministre de la Défense Wes Streeting a qualifié les attaques houthies d'« absolument ignobles », en visant en particulier les tirs sur l'aéroport de Riyad. Selon le Guardian, il s'agit de la mission militaire la plus importante approuvée par le Premier ministre Andy Burnham depuis son entrée en fonction en juillet.
Le second volet d'un soutien engagé en septembre
Ce déploiement complète le paquet du 22 septembre, quand Londres avait fourni, à la demande de Riyad, un avion ravitailleur Voyager. Un système antiaérien Sky Sabre et ses servants britanniques sont déjà déployés dans le royaume depuis le printemps, selon Janes. Le lien militaire entre les deux pays est ancien : BAE Systems a livré 72 Typhoon à l'Arabie saoudite dans le cadre d'un contrat initialement évalué à 4,4 milliards de livres, et Riyad négocie depuis des années l'achat de 48 appareils supplémentaires, rappelle le Guardian.
Une escalade houthie qui vise désormais Riyad
Les combats entre les Houthis, alliés de l'Iran, et les forces du gouvernement yéménite reconnu, soutenu par Riyad, ont repris en juillet 2026 après quatre ans de trêve. En septembre, le mouvement a pris la côte yéménite de la mer Rouge jusqu'à Moka et l'île de Périm, puis a tiré ses premiers missiles sur la capitale saoudienne à la mi-septembre. L'aéroport international du roi Khaled à Riyad est fermé depuis la frappe du 10 octobre, qui a tué 13 personnes et blessé plus de 300, selon l'autorité saoudienne de l'aviation civile citée par CNN. La coalition menée par l'Arabie saoudite compte au moins 20 attaques contre cet aéroport en octobre. Selon RFI, cette paralysie a conduit le royaume à reporter à 2027 son forum Future Investment Initiative, prévu du 26 au 29 octobre.
Au Yémen même, trois missiles balistiques houthis ont touché lundi 19 octobre un camp d'entraînement des forces de sécurité gouvernementales dans la province de Chabwa. Le bilan, de 60 morts selon AP, a été porté à 73 le lendemain par les autorités provinciales, rapporte Al Arabiya d'après Reuters. Mercredi 21 octobre, le porte-parole houthi Yahya Saree a revendiqué un tir de missile balistique sur le camp Badr à Aden, troisième attaque sur la ville en une semaine selon Al Jazeera.
Les limites du mot « défensif »
Londres insiste sur le caractère défensif de la mission. Pour HA Hellyer, du Royal United Services Institute, cité par le Guardian, la frontière reste floue : si un navire saoudien est attaqué en mer Rouge et que des Typhoon britanniques sont en mesure d'intervenir, Londres parlera de défense et les Houthis d'agression. Le chercheur note aussi que l'aide britannique libère des moyens saoudiens pour des frappes directes au Yémen, où l'aviation saoudienne a été accusée par le passé de bombardements indiscriminés avec des armes britanniques et américaines.
Washington reste en retrait. Plus d'une centaine de conseillers américains fournissent du renseignement et du ciblage aux Saoudiens depuis septembre, selon CNN, sans participer aux frappes. Le Royaume-Uni va donc plus loin que son allié américain dans la défense directe du royaume.
Le coût pour l'Europe
Dans une déclaration devant les eurodéputés publiée le 20 octobre par le Service européen pour l'action extérieure, la haute représentante Kaja Kallas rappelle qu'environ un cinquième du commerce de l'UE passe par la mer Rouge et que le sommet entre l'Union et le Conseil de coopération du Golfe, prévu le 24 octobre à Riyad, est reporté à cause de l'escalade. L'opération européenne Aspides, lancée en 2024, manque de navires face aux demandes d'escorte, reconnaît-elle, et l'UE va détacher un officier de liaison auprès de la coalition saoudienne. Le gouvernement britannique justifie d'ailleurs son engagement par ses intérêts économiques : le Brent se maintient au-dessus de 100 dollars le baril et l'instabilité du Golfe pèse sur le coût de la vie au Royaume-Uni.
Reste la question de la durée. Un déploiement présenté comme défensif, dans une guerre où les Houthis tiennent désormais la côte de la mer Rouge, engage Londres pour une période que le ministère n'a pas bornée.



