Ce que Washington et Riyad ont signé
Le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, et le ministre saoudien de l'Énergie, le prince Abdulaziz ben Salmane, ont signé mercredi 22 juillet un accord dit « 123 », du nom de la section de l'Atomic Energy Act qui encadre les exportations de technologie nucléaire américaine. Le département de l'Énergie précise qu'un accord bilatéral de garanties a été paraphé en parallèle, et présente l'ensemble comme la base juridique d'un partenariat de plusieurs milliards de dollars. Sa durée est de trente ans selon l'Associated Press et Al Jazeera. Le texte n'a pas été rendu public : les analyses disponibles reposent sur les communiqués officiels et sur des sources anonymes citées par la presse américaine. Les négociations avaient abouti dès octobre 2025, l'accord attendant depuis la signature politique de Donald Trump.
L'enrichissement, une question renvoyée à deux ans
D'après le New York Times et le Washington Post, repris par Courrier International, l'accord ouvre la voie à un enrichissement d'uranium, voire à un retraitement de plutonium, sur le sol saoudien. Cette autorisation n'est pas immédiate : elle dépend d'une étude conjointe de deux ans sur l'utilité et la viabilité commerciale d'une production locale de combustible, formulation citée par le Atlantic Council à partir du texte. L'enrichissement ne conduit pas mécaniquement à l'arme, d'autres étapes techniques restant à franchir. Mais il fournit la matière fissile qui manque à tout programme militaire, ce qui explique la vivacité des réactions.
La comparaison avec l'Iran ne dit pas tout
Plusieurs commentaires présentent la décision comme une première absolue pour Washington. La formule mérite d'être resserrée. Le Japon dispose depuis l'accord de 1988 d'un consentement américain de long terme pour enrichir et retraiter des matières d'origine américaine, seul pays non doté de l'arme à bénéficier d'un tel régime. En novembre 2025, la Maison-Blanche et Séoul ont publié un document conjoint dans lequel Washington soutient le processus devant mener la Corée du Sud à l'enrichissement civil et au retraitement. La rupture porte donc moins sur l'enrichissement lui-même que sur le régime de contrôle appliqué au Golfe, et sur un précédent créé dans une région en guerre.
Des inspections américaines à la place du régime renforcé de l'AIEA
C'est le point le plus structurant. Selon des sources citées par l'Associated Press et CNN, l'accord n'impose pas le protocole additionnel de l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui autorise des inspections élargies et la détection d'activités non déclarées. Riyad refusait ce texte, craignant que des inspecteurs puissent accéder à des sites sensibles du royaume. Le Washington Post décrit une dérogation aux inspections internationales renforcées, les contrôles les plus intrusifs devant être conduits par des équipes américaines. Le précédent servait pourtant de référence : l'accord de 2009 avec les Émirats arabes unis, longtemps présenté comme la norme la plus stricte, écartait à la fois l'enrichissement et le retraitement. Kelsey Davenport, de l'Arms Control Association, rappelle que le protocole additionnel avait précisément été conçu parce que les garanties générales s'étaient révélées insuffisantes.
Au Congrès, une procédure qui joue en faveur du texte
L'accord doit être transmis au Congrès, qui dispose d'une période d'examen de quatre-vingt-dix jours de session continue. Un accord 123 entre en vigueur par défaut, sauf adoption d'une résolution conjointe de désapprobation par les deux chambres, à une majorité capable de surmonter le veto présidentiel. Aucun président n'a jamais été mis en minorité sur ce type de texte. Le sénateur démocrate Edward Markey a dénoncé une administration qui laisse Riyad développer des technologies d'armement nucléaire tout en menant une guerre contre l'Iran au nom de la non-prolifération. Le représentant Brad Sherman a pointé l'intérêt commercial de Westinghouse. Le secrétaire d'État Marco Rubio, qui avait coparrainé en décembre 2018 le No Nuclear Weapons for Saudi Arabia Act exigeant un vote positif du Congrès sur tout accord nucléaire avec Riyad, a assuré depuis les Philippines que Washington ne conclurait aucun accord créant un risque de prolifération.
Israël, l'Iran et l'effet d'entraînement régional
L'annonce intervient pendant la guerre ouverte le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l'Iran, interrompue par un cessez-le-feu en avril puis reprise, et deux jours après l'annonce par les Houthis d'un blocus maritime visant l'Arabie saoudite. Benyamin Netanyahou est resté silencieux, selon Reuters, mais d'anciens responsables israéliens ont réagi. Naftali Bennett, candidat aux élections du 27 octobre, y voit un échec stratégique. Avigdor Lieberman prédit une course aux armements régionale. Benny Gantz juge la démarche contraire aux intérêts israéliens faute d'ancrage dans une alliance régionale. Israël, qui ne confirme ni ne dément disposer de l'arme, n'a obtenu aucune contrepartie : l'administration Trump a levé la condition de normalisation posée sous Joe Biden.
Ce qui reste à établir
Le contenu exact des garanties bilatérales restera invérifiable tant que l'accord ne sera pas publié, l'autorisation d'enrichir dépend d'une étude dont les critères ne sont pas connus, et la capacité industrielle saoudienne reste à construire. La rupture immédiate n'est donc pas technique, elle est normative : Washington accepte de dissocier vente de technologie nucléaire et régime d'inspection international le plus contraignant, dans la région même où il justifie une guerre par le refus de l'enrichissement iranien.

