Les Algériens étaient appelés aux urnes le 2 juillet 2026 pour renouveler les 407 sièges de l'Assemblée populaire nationale (APN). Ce scrutin, le deuxième depuis le soulèvement du Hirak de 2019, se déroule dans un calme inhabituel et sous la menace d'une forte abstention, rapporte Euronews. L'exclusion de plus de 3 000 candidats, en vertu d'un article controversé de la loi électorale, a nourri un vif débat sur la sincérité du vote.
Un scrutin joué d'avance
Selon Courrier international, le véritable enjeu n'est pas la composition de l'Assemblée, historiquement dominée par des formations proches du pouvoir comme le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), mais le taux de participation. En 2021, les précédentes législatives n'avaient mobilisé que 23 % des électeurs, un record d'abstention, la plupart des partis d'opposition ayant choisi le boycott. Un proche de l'exécutif, cité par le même titre, résume l'attente : au-delà de 35 %, le pouvoir y verrait un signe de normalisation après le Hirak ; sous 20 %, ce serait un échec cuisant.
L'article 200 au cœur des tensions
La controverse tient à l'article 200 de la loi électorale. Adoptée il y a un peu plus d'un an pour lutter contre la corruption, cette disposition prévoit l'exclusion de toute personne soupçonnée de liens avec des milieux financiers douteux. Selon Euronews, son application a écarté plus de 3 000 candidats, soit près de la moitié des prétendants à un siège. Fait notable, plusieurs députés qui avaient voté ce texte figurent parmi les recalés. L'article limite par ailleurs à deux le nombre de mandats parlementaires, consécutifs ou non.
Les chiffres du vote
L'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) recense 24 727 041 électeurs, dont 869 242 inscrits à l'étranger. Sur 788 dossiers examinés et 10 168 candidats, 66 listes de partis et d'indépendants restaient en lice. Son président par intérim, Karim Khalfan, a défendu à plusieurs reprises un rôle strictement organisationnel, assurant que l'examen des candidatures repose sur des critères légaux : vérification des signatures individuelles, quotas de jeunes, de femmes et de diplômés, et situation fiscale des postulants. Il affirme qu'aucune décision de rejet n'est prise de manière arbitraire.
La contestation de l'opposition
Les partis d'opposition dénoncent un texte flou, ouvert aux interprétations. Depuis le 31 mai, les tribunaux administratifs d'Alger enregistrent de nombreux recours de candidats écartés, qui réclament la preuve des soupçons retenus contre eux. Le Parti des travailleurs qualifie l'article 200 d'outil de broyage des droits politiques et a appelé le président Abdelmadjid Tebboune à en geler l'application. Le parti Jil Jadid pointe l'envoi des notifications de refus à la veille de l'Aïd al-Adha, qui a réduit les délais de recours. Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) redoutent, eux, un élargissement du fossé entre citoyens et institutions.
Sept ans après le Hirak
Ce rendez-vous est la dixième élection législative depuis l'indépendance de 1962 et intervient sept ans après le Hirak, la mobilisation populaire de 2019 qui avait provoqué la chute du président Abdelaziz Bouteflika. Beaucoup d'Algériens continuent de percevoir le Parlement comme une simple chambre d'enregistrement, rappelle Courrier international. Les autorités présentent au contraire la refonte constitutionnelle et la révision de la loi électorale comme des instruments de transparence et de lutte contre l'argent politique. Ce décalage entre le discours d'assainissement et le sentiment d'un verrouillage nourrit la défiance d'une partie de l'électorat.
Un vote sous contraintes multiples
Au-delà de la question électorale, le scrutin se tient dans un climat social tendu, marqué par un chômage élevé des jeunes et l'érosion du pouvoir d'achat, souligne Euronews. Plusieurs formations d'opposition estiment que les derniers amendements ont rendu certaines prérogatives de l'ANIE au ministère de l'Intérieur, y voyant un recul de son indépendance. Les défis régionaux s'invitent enfin dans le débat, de l'instabilité au Sahel à l'immigration irrégulière, sans oublier les tensions diplomatiques persistantes avec le Maroc, autant d'enjeux relevés par les analystes de l'IRIS.

