Le président serbe Aleksandar Vučić a confirmé, le 28 juin 2026, l'acquisition du système de défense antiaérienne longue portée HQ-9, de conception chinoise. La commande fait de la Serbie le premier pays européen à aligner une architecture sol-air intégralement chinoise, du missile de courte portée à l'intercepteur longue distance. Selon Military Watch Magazine, ce choix permet à Belgrade d'éviter les sanctions attachées aux systèmes russes tout en approfondissant ses liens de défense avec Pékin.
Ce que Belgrade a commandé
Lors d'une présentation d'équipements sur la base aérienne de Batajnica, près de Belgrade, Aleksandar Vučić a évoqué un calendrier de livraisons resserré, de l'ordre de trois à quatre mois. « Nous avons signé de nombreux contrats et d'autres suivront », a déclaré le président serbe. Le HQ-9, désigné FD-2000 dans certaines variantes d'exportation, vise l'interception d'aéronefs et de missiles à longue distance. Selon Meta-Defense, les paramètres publiquement attribués à la famille indiquent une portée d'environ 200 kilomètres sur la version de base, et jusqu'à 250 à 300 kilomètres pour la variante HQ-9B. Cette capacité étend la zone de déni d'accès autour des sites protégés et durcit l'environnement pour toute activité aérienne non coordonnée.
Une architecture antiaérienne à dominante chinoise
Avec le HQ-9, la Serbie complète un dispositif sol-air à trois couches d'origine chinoise, associant l'intercepteur longue portée aux batteries HQ-22 de moyenne portée et aux systèmes HQ-17AE de basse altitude. D'après Military Watch Magazine, Belgrade devient ainsi le premier opérateur européen d'une défense aérienne chinoise intégrée sur trois niveaux. Par son rôle, le HQ-9 est souvent rapproché du russe S-400. Le recours à la filière chinoise plutôt qu'à Moscou, dont les exportations exposent les acheteurs à des sanctions occidentales, oriente une partie de ces choix. Des rotations d'avions cargo Il-76MF, observées entre janvier et avril 2026 sur l'axe reliant Urumqi à la Serbie via les Émirats arabes unis, suggèrent des acheminements liés à ces systèmes déjà notifiés, selon Meta-Defense.
Un effort budgétaire en forte hausse
Cette montée en gamme s'inscrit dans une trajectoire budgétaire ascendante. La Serbie a alloué environ 2,53 milliards de dollars à sa défense en 2025 et prévoit un effort équivalant à 3,3 % de son produit intérieur brut en 2026. Dans ce cadre, Belgrade a confirmé la commande de douze avions de combat Dassault Rafale au standard F4.1, pour 2,7 milliards d'euros, appuyée par un emprunt de 1,9 milliard d'euros voté en juin 2025 afin d'échelonner les paiements. La diversification des sources d'armement traduit une recherche d'autonomie stratégique entre grandes puissances, sans alignement exclusif.
Des fournisseurs occidentaux et asiatiques mêlés
Le dispositif serbe combine des briques venues d'horizons opposés. Les forces ont acquis en France des radars Thales, avec trois GM400α pour la couverture longue portée et sept GM200 pour l'alerte et l'appui de tir, intégrés aux couches chinoises existantes. L'aviation de combat a reçu des missiles chinois CM-400AKG adaptés aux MiG-29, dont la vitesse dépasse Mach 4,5 selon les versions publiées, tandis que l'identification ami-ennemi a été modernisée avec le TSB 2515 de Thales. Israël doit livrer des lance-roquettes PULS et des drones Hermes, l'Allemagne des hélicoptères H-145M, et la Serbie a acté des lance-roquettes RM-70 auprès du tchèque Excalibur Army, avec de premières livraisons attendues cette année.
Des voisins et l'OTAN attentifs
L'OTAN et plusieurs voisins ont exprimé leurs inquiétudes quant aux effets régionaux de ce rééquipement, en particulier l'arrivée d'un intercepteur longue portée aux portes de l'Alliance. Pékin a défendu le cadre de ses livraisons. « La coopération militaire commerciale normale entre les deux parties est conforme au droit international », a indiqué le 26 mars 2026 le porte-parole Jiang Bin, du ministère chinois de la Défense, cité par le Global Times, sans détail sur les volumes. Dans le même temps, l'armée serbe a conduit du 12 au 23 mai 2026 ses premiers exercices conjoints avec des unités italiennes, roumaines et turques, selon RFE/RL, signe d'un maintien des canaux avec des partenaires de l'Alliance.
Un signal dans un voisinage sous tension
Le renforcement serbe intervient dans un environnement régional dégradé, Belgrade invoquant régulièrement des menaces émanant de ses voisins pour justifier son réarmement. L'arrivée d'un intercepteur capable de couvrir plusieurs centaines de kilomètres modifie la donne pour la Croatie, l'Albanie ou le Kosovo, tous liés à l'OTAN, et pour la planification aérienne de l'Alliance dans les Balkans occidentaux. En s'appuyant sur Pékin pour sa couche antiaérienne la plus sensible tout en achetant français, la Serbie affiche une équidistance revendiquée entre grandes puissances, qui complique la lecture de ses intentions par ses partenaires occidentaux.
Un pari capacitaire aux implications durables
Au-delà du contrat, la Serbie assume une dépendance industrielle répartie entre Pékin, Moscou et plusieurs fournisseurs occidentaux, un montage qui complique l'entretien, la formation et la protection des échanges de données au sein d'une même chaîne de commandement. Le retour du service militaire obligatoire, prévu à partir de mars 2027 après seize ans d'armée professionnelle, vise précisément à armer dans la durée les unités dotées de ces nouveaux matériels. Pour Belgrade, le HQ-9 consolide une posture de déni d'accès régional. Pour ses voisins, il rebat les équilibres aériens des Balkans et interroge la cohérence d'une défense mêlant standards otaniens et chinois.


