Une convention de lancement plus étroite que prévu
Le Parti libéral (PL) a officialisé le 25 juillet, dans la mégapole de São Paulo, la candidature du sénateur de Rio de Janeiro Flávio Bolsonaro, 45 ans, à l'élection présidentielle dont le premier tour se tiendra le 4 octobre. « Ici coule le sang de Bolsonaro », a lancé le candidat en se tapotant le bras, promettant de « libérer » le pays du crime, de l'inflation et de Luiz Inácio Lula da Silva. Les comptes rendus divergent sur l'affluence, l'Associated Press évoquant environ 500 personnes, l'Agence France-Presse un millier de participants. Sur la composition de la salle, en revanche, les récits concordent : peu de figures nationales de la droite brésilienne ont fait le déplacement, ce qui en dit long sur la difficulté du candidat à agréger une coalition contre le président sortant.
Flávio Bolsonaro n'a pas détaillé son programme de gouvernement. Il a consacré la plus grande part de son intervention à son père et à une attaque contre la Cour suprême, qu'il accuse de persécuter sa famille. « Ceci est plus qu'une convention de parti, c'est le début des batailles les plus dures de notre vie, un combat entre le bien et le mal », a-t-il déclaré, avant d'assurer à ses partisans qu'ils lui remettraient « l'écharpe présidentielle l'année prochaine ».
L'ombre du père, présent par une vidéo générée par IA
Jair Bolsonaro, président de 2019 à 2022, a été condamné en septembre 2025 à 27 ans et 3 mois de prison pour tentative de coup d'État après sa défaite face à Lula. Il a commencé à purger sa peine en novembre 2025, avant d'être autorisé en mars 2026, à la suite d'une longue hospitalisation, à la poursuivre à son domicile de Brasília. Début juillet, la Cour suprême a prolongé cette résidence surveillée sans fixer de nouvelle échéance, pour des raisons humanitaires liées à son état de santé. Interdit de s'exprimer publiquement, l'ancien président est apparu devant les militants sous la forme d'une vidéo réalisée par intelligence artificielle, séquence pendant laquelle son fils a pleuré.
Adoubé comme héritier politique, Flávio Bolsonaro tire de cette filiation sa légitimité auprès de la base bolsonariste, dont beaucoup de membres portaient le maillot de la sélection nationale de football, devenu un symbole du mouvement. « On aimerait que notre candidat soit Jair Bolsonaro, mais aujourd'hui Flavio est l'option la plus judicieuse », résumait à l'AFP Fernando Moeno, policier militaire retraité de 50 ans. Cette dépendance au père est aussi une contrainte : elle enferme la campagne dans un registre de loyauté familiale et de dénonciation judiciaire, au moment où le candidat aurait besoin d'élargir son socle au-delà du noyau conservateur.
Deux mois de crises en rafale
Après un démarrage qui l'avait placé au coude à coude avec Lula, le sénateur a perdu son élan. La séquence s'est ouverte en mai, lorsque le site Intercept Brasil a révélé un message audio dans lequel Flávio Bolsonaro sollicitait de l'argent auprès de Daniel Vorcaro, banquier depuis arrêté pour une vaste fraude financière, afin de financer un film sur son père. L'intéressé a récusé toute malversation et toute proximité avec le banquier, mais la révélation a heurté une partie de ses alliés.
Un second front s'est ouvert en juin au sein même de la famille. Michelle Bolsonaro, épouse de l'ancien président et belle-mère du candidat, s'est plainte sur les réseaux sociaux d'une « humiliation » subie lors d'une conversation téléphonique. L'ex-première dame pèse lourd auprès des électrices et du puissant courant évangélique, deux réservoirs de voix que la droite ne peut pas perdre. La réconciliation a été mise en scène cette semaine : excuses publiques du beau-fils, pardon accordé, puis message vidéo de soutien diffusé pendant la convention. Michelle Bolsonaro n'était toutefois pas physiquement présente à São Paulo, et n'a mentionné le candidat qu'une seule fois dans son enregistrement.
Le candidat s'est enfin exposé la semaine passée en mettant en doute la fiabilité du système de vote électronique brésilien, reprenant des allégations infondées de même nature que celles qui ont valu l'inéligibilité à son père. Ce choix rassure le noyau dur et inquiète tout le reste, y compris des milieux d'affaires qui redoutent une contestation du scrutin en cas de défaite.
La coalition manquante et le colistier introuvable
Flávio Bolsonaro n'a pas obtenu le ralliement des partis du centre, dont l'appoint reste déterminant pour gouverner dans un Congrès fragmenté. La comparaison avec son père mérite toutefois d'être nuancée : en 2018, Jair Bolsonaro avait lui aussi été élu sans le centrão, avec un parti minuscule et un temps d'antenne dérisoire, avant de bâtir sa majorité une fois au pouvoir. C'est en 2022 qu'il s'était présenté à la tête d'une large alliance. L'isolement actuel du fils ressemble donc davantage à 2018 qu'à une anomalie, à cette différence près qu'il affronte cette fois un président sortant et non un pays en rejet du sortant.
Le ticket reste par ailleurs incomplet. La sénatrice Tereza Cristina (PP), ancienne ministre de l'Agriculture de Jair Bolsonaro, a décliné le 21 juillet la proposition de figurer comme colistière, invoquant son intention de briguer la présidence du Sénat en 2027, selon le président du PL Valdemar Costa Neto. Le nom du candidat à la vice-présidence ne devait être arrêté qu'après la convention, tandis que le parti poursuit ses discussions avec des formations du centre et du centre droit.
Dans le camp bolsonariste, on tente de transformer cet isolement en atout. « Ce n'est pas nécessairement mauvais pour nous », affirmait le député Zé Trovão avant la convention, estimant qu'une campagne plus idéologique obligerait les centristes à venir négocier plus tard, sur l'agenda de la droite. L'analyse inverse domine chez les observateurs. Le consultant politique Thomas Traumann, basé à Rio de Janeiro, relève que le candidat « a affronté un problème par semaine, parfois deux », et reste sur la défensive. Selon lui, Flávio Bolsonaro aura beaucoup plus de mal à séduire les modérés qu'en décembre, lorsqu'il se présentait comme un Bolsonaro apaisé.
Le facteur Trump, des droits de douane à l'affaire des visas
La campagne s'ouvre sur fond de tensions commerciales et diplomatiques entre Brasília et Washington. L'administration Trump a imposé le 22 juillet une surtaxe de 25 % sur la plupart des importations brésiliennes, au titre de pratiques commerciales jugées déloyales, à laquelle s'ajoute une enquête distincte sur le travail forcé assortie de 12,5 % supplémentaires. Le gouvernement brésilien estime que 16,5 % de ses exportations subissent désormais un cumul de 37,5 % de droits, et que près d'un quart de ses ventes aux États-Unis sont touchées. Une première salve avait été imposée l'an dernier en représailles au procès de Jair Bolsonaro, encouragée par Eduardo Bolsonaro, frère du candidat, avant d'être en grande partie levée. Le calcul se retourne aujourd'hui contre le camp bolsonariste : des électeurs, des chefs d'entreprise et des responsables politiques lui imputent la facture douanière.
L'épisode des visas a achevé de tendre la séquence. Deux responsables du Département d'État, le secrétaire adjoint Riley M. Barnes et son adjoint Samuel Samson, avaient déposé des demandes le 20 juillet pour un déplacement à Brasília du 27 au 30 juillet, afin d'évoquer l'« intégrité électorale », la liberté religieuse et la liberté d'expression. Le Brésil les a refusées le 24 juillet, invoquant un risque d'instrumentalisation politique. Washington a présenté cette visite comme une démarche de routine et qualifié de mensonge toute insinuation de manœuvre contre le scrutin d'un pays démocratique. Sans citer l'affaire, Lula a averti le jour de la convention que quiconque viendrait de l'étranger se mêler des élections brésiliennes le paierait cher.
Milei et Netanyahou en renfort international
Faute d'appuis nationaux, le candidat a misé sur l'international. Le président argentin Javier Milei, arrivé la veille au Brésil, a prononcé le discours le plus offensif de la journée, mettant en garde contre « le risque Lula » et appelant le pays à sortir de « sa soumission au gauchiste ». Il a également rencontré le gouverneur de São Paulo, Tarcísio de Freitas, figure que la droite verrait volontiers en recours. Benyamin Netanyahou a apporté son soutien par un court message vidéo. D'autres appuis sont attendus du côté de l'administration américaine.
Cette stratégie a un coût intérieur. Le recours à des parrainages étrangers, dans un pays où Lula se pose en défenseur de la souveraineté nationale et qualifie les Bolsonaro de « traîtres », offre au sortant un argument simple et mobilisateur, d'autant plus efficace qu'il se double d'une facture douanière bien réelle.
Une élection encore ouverte, mais mal lue
L'enquête Datafolha publiée le 24 juillet est souvent résumée par un score de 48 % contre 43 %. Ce chiffre décrit en réalité une hypothèse de second tour, dans laquelle l'écart s'est creusé d'un point par rapport à juin. Au premier tour, la mesure est nettement plus défavorable au sénateur : Lula y recueille 40 % des intentions de vote contre 32 % à Flávio Bolsonaro, devant le gouverneur Ronaldo Caiado à 4 %, Romeu Zema et Renan Santos à 3 %. L'institut a interrogé 2 004 personnes les 22 et 23 juillet, avec une marge d'erreur de deux points. Autrement dit, la course reste jouable au second tour, mais le candidat de droite doit d'abord franchir un premier tour où il accuse huit points de retard.
Le Parti des travailleurs tiendra sa convention le 2 août à l'Expo Center Norte de São Paulo pour investir Lula, avec le vice-président Geraldo Alckmin de nouveau en colistier, avant un lancement de campagne le 16 août à São Bernardo do Campo, berceau syndical du président. À 80 ans, celui-ci brigue un quatrième mandat, ce qu'aucun président brésilien n'a obtenu, et achèverait ce mandat à 85 ans.
Les deux camps abordent donc la campagne avec une faiblesse symétrique. Lula doit défendre un bilan économique attaqué et convaincre sur sa capacité à gouverner quatre ans de plus. Flávio Bolsonaro doit prouver qu'il existe politiquement en dehors du nom qu'il porte, tout en préservant la mobilisation d'une base qui lui vient de son père. Le mois d'août, avec le choix d'un colistier et l'ouverture de la campagne officielle, dira lequel des deux problèmes est le plus difficile à résoudre.


