L'Ukraine a intensifié fin juin sa campagne de frappes longue portée contre les infrastructures énergétiques russes, touchant coup sur coup une usine de gaz parmi les plus grandes du monde, deux centres de communication par satellite et plusieurs sites pétroliers. Menées à plus de 1 000 kilomètres du front, ces attaques accentuent une crise des carburants déjà aiguë en Russie et contraignent Moscou à redéployer ses défenses antiaériennes.
Des cibles stratégiques loin du front
Dans la nuit du 25 juin, les forces ukrainiennes ont frappé l'usine de traitement de gaz d'Orenbourg, dans l'Oural méridional, à plus de 1 200 kilomètres de la ligne de front, selon l'état-major ukrainien. Le complexe abrite la seule unité de production d'hélium de Russie (un gaz utilisé dans les moteurs-fusées à ergols liquides et les systèmes de guidage) et produit de l'éthane, composant du carburant solide et de la poudre. L'attaque y a déclenché un incendie. Deux centres de communication par satellite de l'armée russe, à Doubna près de Moscou et dans la région de Vladimir, ont également été visés, d'après la même source.
Le pétrole russe pris pour cible
Le même jour, l'Ukraine a touché le dépôt pétrolier de Poltavskaïa, dans le kraï de Krasnodar, ainsi que deux raffineries à Oufa, au Bachkortostan, d'après le président Volodymyr Zelensky et le service de sécurité ukrainien (SBU). Le dépôt, doté de 28 réservoirs de diesel et d'essence, se situe à environ 300 kilomètres du front. Les autorités russes, par la voix du dirigeant du Bachkortostan Radiy Khabirov, ont attribué les incendies à des « chutes de débris de drones » et nié tout blessé, des affirmations que les médias n'ont pu vérifier de façon indépendante.
Moscou affaiblit ses arrières
Ces frappes forcent la Russie à revoir le déploiement de sa défense antiaérienne. Selon des documents internes russes évoqués par Volodymyr Zelensky sur X, Moscou a ordonné le redéploiement de systèmes depuis plusieurs régions vers la capitale et le pont de Kertch, lien logistique vital vers la Crimée. Ce choix, relevé par le média spécialisé Defence24, dégarnit d'autres zones du territoire russe et des régions ukrainiennes occupées.
Une crise des carburants qui s'installe
Au-delà des cibles ponctuelles, c'est l'effet cumulé qui pèse. Le raffinage russe est tombé à ses plus bas niveaux depuis des années, et plusieurs régions (Samara, Lipetsk, Belgorod) ont instauré un rationnement à la pompe, rapporte le média indépendant Meduza. Pour tenir, le gouvernement prépare, selon les journaux Vedomosti et Kommersant cités par Meduza, un abaissement des normes de qualité du carburant à la classe Euro 3, une baisse des quotas de vente en Bourse et des subventions aux importations.
Un coût budgétaire croissant
Cette stratégie a un prix. Le mécanisme de subvention des prix à la pompe coûte déjà 200 milliards de roubles par mois, alors que le budget russe est grevé par un déficit important. Le diesel a renchéri de plus de 40 % depuis fin avril, faisant planer un risque sur les récoltes à l'approche de la moisson. En visant le raffinage, Kiev ne cherche pas seulement des effets militaires : l'objectif assumé est d'éroder les revenus pétroliers qui financent l'effort de guerre et d'accroître la pression intérieure sur le Kremlin.
Sur fond de blocage diplomatique
Ces opérations s'inscrivent dans une impasse des négociations. Volodymyr Zelensky affirme avoir accepté un cessez-le-feu inconditionnel réclamé par Washington, que Vladimir Poutine refuse. Le président russe se dit prêt à discuter, mais à condition d'un retrait ukrainien de la région de Donetsk, que Kiev rejette. En attendant, l'Ukraine maintient la pression : son armée affirme avoir frappé des aérodromes militaires et des systèmes de missiles en Crimée, et coupé l'électricité à Sébastopol.


