Donald Trump a signé, le 29 juin 2026, une proclamation décrétant une urgence nationale sur l'approvisionnement des États-Unis en engrais et suspendant, à titre temporaire, les droits de douane frappant les engrais phosphatés importés du Maroc. La mesure ouvre une fenêtre d'importation en franchise pouvant durer jusqu'à huit mois, ou jusqu'à la levée de l'urgence, selon la première échéance atteinte. Elle vise en premier lieu le géant marocain OCP, principal fournisseur étranger du marché américain.
Une urgence décrétée par la Maison-Blanche
Selon la fiche d'information de la Maison-Blanche, la proclamation invoque une menace sur la disponibilité de volumes suffisants d'engrais pour répondre à la demande agricole américaine. Le texte présidentiel pointe la désorganisation des chaînes d'approvisionnement mondiales du phosphate, imputée à des conflits dans des régions productrices et à des mesures commerciales prises par de grands pays exportateurs. La suspension couvre les droits compensateurs et antidumping, ainsi que les dépôts de garantie exigés à l'importation.
Ce que la mesure change pour les importateurs
Concrètement, les cargaisons d'engrais phosphatés marocains pourront entrer sur le territoire américain sans acquitter les droits en vigueur pendant la durée de l'urgence. D'après Pro Farmer, la Maison-Blanche a chargé les agences fédérales de mettre en œuvre la suspension et de surveiller les conditions d'approvisionnement. Il ne s'agit pas d'une abrogation définitive, les droits pouvant être rétablis à l'expiration du dispositif. La décision profite directement à OCP, dont les expéditions vers les États-Unis étaient jusqu'ici renchéries par la barrière tarifaire.
Un contentieux commercial de cinq ans
Les droits compensateurs remontent à 2021, après une plainte du producteur américain Mosaic déposée en 2020, qui accusait le Maroc de subventionner indûment ses exportations. Le taux appliqué avait ensuite été relevé jusqu'à 16,81 % pour certaines importations. Le dossier a toutefois évolué en 2026, le gouvernement américain retirant son appel devant le tribunal du commerce, tandis que le taux de subvention retenu était ramené à 2,11 % et qu'un réexamen quinquennal de l'ordonnance était engagé au département du Commerce. La suspension présidentielle vient court-circuiter ce calendrier administratif.
Pourquoi les agriculteurs poussaient à la levée
La décision répond à des années de mobilisation des organisations agricoles américaines, confrontées à la flambée du coût de leurs intrants. Le ministère de l'Agriculture estime que la mesure pourrait faire baisser d'environ 22 % le prix des engrais phosphatés et générer près de 1,82 milliard de dollars d'économies annuelles pour les producteurs, à mesure que de nouveaux volumes atteignent le marché. Plus de 100 000 exploitations, couvrant quelque 97 millions d'acres cultivés, sont concernées. La secrétaire à l'Agriculture Brooke Rollins a évoqué un « soulagement immédiat » pour les producteurs.
Un geste commercial aux ressorts géopolitiques
Au-delà du soulagement des agriculteurs, la mesure éclaire la dépendance américaine au phosphate marocain, que les droits de 2021 n'avaient pas résorbée. Le Maroc concentre une part majeure des réserves mondiales de phosphate, matière première des engrais indispensables aux grandes cultures américaines, ce qui limite les substituts disponibles à court terme. En rouvrant la porte à OCP, Washington arbitre entre la protection de son industrie domestique, portée par Mosaic, et sa propre sécurité alimentaire, deux objectifs que le contentieux tarifaire opposait depuis 2021. Pour Rabat, la suspension conforte un débouché majeur, mais son caractère temporaire laisse entière la question du régime tarifaire au terme de l'urgence. Le sort du réexamen engagé au département du Commerce, suivi de près sur le continent africain d'après RFI, déterminera si cette ouverture devient durable.


