Les États-Unis ont mené dans la nuit du 17 au 18 juillet 2026 une septième vague de frappes consécutives contre l'Iran, selon le commandement central américain (Centcom). Téhéran a riposté en visant des bases américaines au Koweït, en Jordanie et à Bahreïn, tandis que la navigation dans le détroit d'Ormuz, passage d'environ un cinquième du pétrole mondial, subissait de nouvelles attaques. Une dizaine de jours après l'effondrement, le 8 juillet, d'un cessez-le-feu fragile, la région bascule vers une guerre ouverte.
Une septième nuit de frappes revendiquée par Washington
Le commandement central américain a annoncé avoir achevé, tard le 17 juillet, une nouvelle salve de frappes ordonnées par le président Donald Trump, la septième nuit d'affilée. Dans un communiqué diffusé sur X, le Centcom précise avoir visé "des sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des stocks souterrains d'armements et des capacités maritimes", en engageant "des avions de chasse, des drones aériens et des navires de guerre". Le commandement affirme que plus de 50 000 militaires américains sont déployés à travers le Moyen-Orient et restent "vigilants, létaux et prêts".
Selon les médias d'État iraniens, plusieurs ponts ont été touchés dans la province méridionale d'Hormozgan, autour du port de Bandar Abbas. Les bilans divergent selon les sources : l'agence Reuters a fait état de sept morts, quand la télévision d'État iranienne et l'agence IRNA évoquaient trois morts et huit à neuf blessés. Une gare ferroviaire a également été frappée, de même que l'aéroport d'Iranshahr, plus à l'est, dans une province frontalière du Pakistan.
Le détroit d'Ormuz, épicentre économique du conflit
Le point de rupture reste maritime. Washington affirme faire respecter un blocus naval des ports iraniens. Selon Reuters, les forces américaines ont dérouté quatre navires commerciaux, en ont désactivé un et arraisonné un autre. En retour, les Gardiens de la révolution iraniens ont indiqué avoir stoppé quatre bâtiments qui tentaient de franchir le détroit, au moyen d'une opération combinant missiles et drones. Les Gardiens ont aussi affirmé que deux pétroliers avaient explosé après avoir heurté des mines au sud du détroit, une information que l'armée américaine a immédiatement démentie comme "fausse".
Le détroit d'Ormuz achemine près d'un cinquième de l'approvisionnement mondial en pétrole. Selon les traceurs maritimes Kpler et MarineTraffic, le trafic y est tombé jeudi à son plus bas niveau depuis trois semaines. Les prix du brut ont grimpé de plus de 4 % vendredi, à leur plus haut niveau depuis plus d'un mois, d'après Reuters. Les Gardiens de la révolution, cités par la télévision d'État, ont prévenu que tant que "l'agression" américaine se poursuivrait, il ne serait pas possible d'exporter "une seule goutte de pétrole ou de gaz" depuis la région. Un navire a par ailleurs été saisi par des hommes armés au large du Yémen, ravivant les craintes sur l'autre grand point de passage pétrolier, à l'entrée de la mer Rouge.
La riposte iranienne contre les bases du Golfe
L'Iran a porté ses représailles au-delà de son territoire. Selon la télévision d'État iranienne, l'armée a visé plusieurs sites liés à la présence militaire américaine. Au Koweït, un dépôt de munitions du camp d'Al-Adiri ainsi que des bâtiments de commandement et des dépôts de la base d'Ali Al-Salem auraient été ciblés. En Jordanie, des réservoirs de carburant de la base d'Al-Azraq auraient été touchés. À Bahreïn, l'Iran affirme avoir frappé la base aérienne de Sheikh Isa, décrite par Téhéran comme "l'un des centres opérationnels et logistiques les plus importants" pour l'armée américaine dans la région.
Les autorités des pays visés ont toutefois relativisé les dégâts. L'armée jordanienne a annoncé avoir intercepté des missiles iraniens, jusqu'à dix selon son bilan de samedi matin, sans faire état de victimes ni de dommages, un décompte qui a varié au fil de la nuit selon les sources. Le ministère de l'Intérieur de Bahreïn a rapporté le déclenchement de sirènes d'alerte. Le Koweït a de son côté confirmé qu'une de ses stations de production d'électricité et de dessalement avait été touchée par une frappe iranienne. Le Qatar avait, plus tôt dans la semaine, signalé des tirs de missiles interceptés par sa défense aérienne, un enfant ayant été blessé par des débris.
Des infrastructures civiles visées, le droit de la guerre en question
L'escalade se caractérise par un glissement vers les infrastructures civiles, de part et d'autre. Des médias iraniens ont accusé les frappes américaines d'avoir visé un aéroport, une gare et des ponts, tandis que les Gardiens de la révolution ont ciblé une station électrique et de dessalement au Koweït. Cette dérive inquiète les Nations unies. Le secrétaire général Antonio Guterres s'est dit préoccupé par l'escalade, "en particulier les attaques contre les infrastructures civiles en Iran et dans l'ensemble de la région", selon son porte-parole.
La question juridique est posée. Les Conventions de Genève de 1949 interdisent les attaques contre les biens indispensables à la survie de la population civile. Après les menaces répétées de Donald Trump de viser des cibles énergétiques et, la semaine prochaine, des ponts, des juristes spécialisés en droit international aux États-Unis ont estimé plus tôt cette année que de telles attaques pourraient être constitutives de crimes de guerre. Le président américain avait suscité une condamnation internationale en avril en menaçant de détruire "toute la civilisation" iranienne avant le premier cessez-le-feu.
Une désescalade hors de portée à court terme
Sur le plan militaire, les deux camps testent depuis une semaine les limites de l'escalade, après l'effondrement de leur accord de cessez-le-feu. Le major-général Mohsen Rezaei, conseiller du guide suprême iranien, a averti que Téhéran reprendrait des "opérations offensives à grande échelle" si les frappes américaines se poursuivaient deux ou trois jours de plus. "L'Iran ne se limitera plus à des réponses proportionnées, et aucune frontière politique ne sera à l'abri", a-t-il déclaré selon l'agence IRIB. Donald Trump a, lui, affiché sa confiance dans une allocution télévisée, déclarant que l'Amérique "gagnait largement en Iran".
L'analyse d'un spécialiste éclaire la dynamique. David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, relève qu'un "éventail croissant d'infrastructures stratégiques" est aspiré dans le conflit. La logique d'usure, où chaque camp frappe les capacités énergétiques, logistiques et maritimes de l'autre, éloigne la perspective d'un règlement négocié. La guerre, déclenchée le 28 février 2026 par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran, avait déjà provoqué la fermeture partielle du détroit d'Ormuz et une flambée des prix des matières premières. Le retour aux hostilités confirme que le cessez-le-feu n'avait rien réglé sur le fond, et que le point de bascule se joue désormais autant sur les marchés pétroliers que sur le terrain.
Un conflit aux répercussions mondiales
Au-delà du décompte des frappes, l'enjeu tient à la place du détroit d'Ormuz dans l'économie mondiale. Toute interruption durable du trafic y renchérit le pétrole, les carburants et les engrais, avec un effet immédiat sur l'inflation importée en Europe et en Asie. La pression politique intérieure pèse aussi sur Washington, à quelques mois d'élections de mi-mandat qui décideront du contrôle du Congrès. Pour Téhéran, la menace sur le détroit reste le principal levier face à une supériorité aérienne américaine. Cette asymétrie, capacité de nuisance maritime contre puissance de frappe, dessine un conflit long, où l'économie mondiale sert de variable d'ajustement.


