La campagne ukrainienne contre la logistique russe change d'échelle. Dans son point de situation du 11 juillet, l'Institute for the Study of War (ISW) rapporte que 28 navires russes ont été touchés en une seule nuit en mer d'Azov, et que les frappes répétées contre les raffineries font flamber les prix de l'essence en Russie. Sur la ligne de front, les offensives russes se poursuivent sans percée, plus de quatre ans après le début de l'invasion.
Vingt-huit navires touchés en une seule nuit
Selon l'état-major ukrainien et le commandant des forces de systèmes sans pilote Robert « Magyar » Brovdi, cités par l'ISW, les forces ukrainiennes ont frappé 28 navires russes en mer d'Azov dans la nuit du 10 au 11 juillet : 21 pétroliers, quatre remorqueurs, deux cargos et une drague. Kiev affirme que les pétroliers transportaient des produits pétroliers russes en violation des sanctions internationales et que les autres bâtiments soutenaient la logistique militaire russe. Au total, 76 navires ont été touchés entre le 6 et le 11 juillet, selon Brovdi.
Les effets se font déjà sentir sur les routes maritimes russes. Les gardes-frontières russes ont cessé d'accepter les demandes de passage par le détroit de Kertch depuis le 10 juillet au soir, et les autorités ont suspendu temporairement la navigation sur le canal Don-Azov, qui relie la mer d'Azov au fleuve Don, rapporte Reuters en citant trois sources du secteur céréalier. Moscou a de son côté reconnu la frappe d'un pétrolier en mer d'Azov, selon le Moscow Times. Pour l'ISW, cette campagne marque une nouvelle phase des efforts ukrainiens pour isoler la Crimée occupée du réseau logistique russe et perturber le transport de produits pétroliers et de céréales.
Un trafic maritime réduit de moitié
Les données du service de suivi maritime Starboard Maritime Intelligence, analysées par l'ISW, indiquent une possible chute de 55 % du nombre de navires émettant un signal d'identification automatique (AIS) en mer d'Azov : 267 bâtiments repérés le 30 juin, contre 120 le 11 juillet. La plupart des navires encore visibles se regroupent près des ports, des côtes ou dans la baie de Taganrog.
Le centre de recherche appelle toutefois à la prudence dans l'interprétation. Les signaux AIS peuvent être brouillés ou falsifiés, et la Russie brouille ces transmissions depuis des mois. La baisse observée peut refléter une diminution réelle du trafic face à la menace des drones ukrainiens, mais aussi la décision de certains équipages de couper leurs transpondeurs pour masquer leur position, une pratique déjà documentée dans la flotte russe.
Les prix de l'essence flambent en Russie
La campagne ukrainienne de frappes à longue portée contre les raffineries et les producteurs de carburant russes produit des effets économiques mesurables. Selon les données de l'institut officiel de statistiques Rosstat, relayées par l'agence Interfax et citées par l'ISW, les prix à la consommation de l'essence ont augmenté de 6,88 % en juin 2026, contre 0,85 % en mai. Sur un an, la hausse atteint 19,9 %. Au moins 78 des 83 sujets fédéraux russes connaissent des pénuries d'essence, ainsi que les territoires ukrainiens occupés. Deutsche Welle décrit des files d'attente qui s'allongent devant les stations-service russes, en pleine saison touristique estivale, quand la demande de carburant est la plus forte.
Les frappes se poursuivent au même rythme. L'état-major ukrainien détaille les dégâts infligés ces derniers jours au terminal pétrolier de Saint-Pétersbourg, à la raffinerie Slavneft-Yanos de Yaroslavl, au site TAIF-NK de Nijnekamsk, au Tatarstan, et à la raffinerie d'Ilsky, dans le kraï de Krasnodar. Dimanche, les forces armées ukrainiennes ont annoncé avoir frappé la raffinerie de Syzran, dans l'oblast russe de Samara, rapporte le Kyiv Independent. Pour l'ISW, l'Ukraine va vraisemblablement intensifier encore cette campagne, la défense antiaérienne russe peinant à protéger ces infrastructures, avec des répercussions jusqu'à la logistique des unités russes proches du front.
Kiev crée deux nouveaux commandements
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé le 10 juillet deux décrets réorganisant les forces armées. Le premier crée un commandement d'influence à longue portée, chargé selon le président de dégrader le potentiel de guerre de la Russie, une mission qui renvoie aux frappes dans la profondeur du territoire russe. Le second institue des forces conjointes de réaction rapide au sein des forces terrestres, confiées au général de brigade Dmytro Voloshyn, jusqu'ici à la tête du 8e corps d'assaut aéroporté. Cette réorganisation institutionnalise une campagne de frappes lointaines devenue le pilier économique de la stratégie ukrainienne.
Sur la ligne de front, des gains limités
Le point de situation quotidien de l'ISW décrit un front qui évolue peu. Les forces russes ont récemment progressé dans la zone tactique de Kostiantynivka-Droujkivka, dans l'oblast de Donetsk, tandis que les forces ukrainiennes ont avancé en direction de Novopavlivka. Dans l'oblast de Soumy, le ministère russe de la défense revendique la prise de Batchivsk, ce que dément le porte-parole du groupement nord ukrainien Vadym Mysnyk, pour qui le village reste sous contrôle ukrainien.
Les frappes russes sur l'arrière ukrainien continuent. Dans la nuit du 10 au 11 juillet, la Russie a lancé six missiles balistiques Iskander-M et S-400, six missiles de croisière et antiradar et 121 drones d'attaque et leurres contre l'Ukraine, selon l'armée de l'air ukrainienne, qui dit avoir abattu 111 drones. Une bombe guidée a tué cinq civils et blessé une trentaine de personnes à Soumy, selon l'administration militaire régionale. À Kramatorsk, sept frappes aériennes ont tué quatre civils, dont un enfant, d'après le parquet de l'oblast de Donetsk.
Une guerre d'usure qui se déplace vers les flux
Le rapport de l'ISW signale enfin une opération d'espionnage russe visant des caméras civiles dans plusieurs pays européens membres de l'OTAN et en Ukraine. Selon les services de renseignement néerlandais cités par le Telegraph, des pirates liés au Kremlin ont pris le contrôle de caméras pointées vers des axes de transport d'équipements militaires afin d'identifier les armes livrées à Kiev.
Plus de quatre ans après l'invasion de février 2022, la guerre en Ukraine se livre de plus en plus sur les flux : pétrole, céréales, munitions et données. La capacité de Kiev à frapper loin derrière la ligne de front, et celle de Moscou à protéger son économie, pèsent désormais autant que les mouvements de terrain. Signe des difficultés russes, le gouvernement fédéral a débloqué 4,3 milliards de roubles, environ 55,9 millions de dollars, pour soutenir les entreprises touristiques de Crimée occupée, plombées par les frappes ukrainiennes.



