Trois jours de "visite de solidarité" à Damas
António Guterres a atterri samedi matin à l'aéroport international de Damas, où l'attendait le ministre des Affaires étrangères Asaad al-Chaibani, selon l'agence officielle SANA citée par l'AFP. Aucun secrétaire général des Nations unies ne s'était rendu en Syrie depuis Ban Ki-moon en 2009, deux ans avant le début de la guerre civile. Sur le réseau X, le chef de l'ONU a évoqué une "visite de solidarité" et écrit que les Nations unies se tiennent aux côtés de la Syrie "en ce moment charnière". Le déplacement doit durer trois jours, avec une allocution devant le Parlement lundi, selon le porte-parole Stéphane Dujarric.
Des sanctions de l'ONU au palais présidentiel
Le président de transition Ahmed al-Charaa a reçu Guterres au palais présidentiel, a rapporté SANA sans détailler l'entretien. Ancien chef de la branche syrienne d'al-Qaïda, Charaa est resté inscrit sur la liste des sanctions antiterroristes du Conseil de sécurité jusqu'au 6 novembre 2025, date de la résolution 2799, adoptée par quatorze voix et une abstention chinoise. Dix-neuf mois après la chute de Bachar al-Assad, la venue du plus haut fonctionnaire international prolonge une séquence d'ouvertures : première prise de parole d'un président syrien devant l'Assemblée générale depuis 1967, en septembre dernier ; levée de la plupart des sanctions américaines ; notification par Donald Trump au Congrès, le 8 juillet, du retrait de la Syrie de la liste américaine des États soutenant le terrorisme, effectif sous quarante-cinq jours sauf blocage des parlementaires.
Le Golan, ligne de fracture avec Israël
"Ce qui se passe dans la région du plateau du Golan est totalement inacceptable", a déclaré Guterres en conférence de presse aux côtés de Chaibani, en rappelant que le Golan est un territoire syrien. Le ministre a réclamé "un retrait immédiat et inconditionnel" des forces israéliennes déployées au-delà de la ligne de 1974. Un raccourci circule dans plusieurs comptes rendus de la visite, qui datent de 1974 l'occupation israélienne du plateau. Israël s'est emparé de la majeure partie du Golan lors de la guerre de juin 1967, puis y a étendu sa législation en décembre 1981, une annexion que le Conseil de sécurité a déclarée nulle et non avenue par sa résolution 497. L'accord de désengagement de 1974 n'a pas créé l'occupation : il a organisé la zone tampon que patrouille depuis la force onusienne FNUOD, et dans laquelle l'armée israélienne est entrée après la chute d'Assad.
Une reconstruction sans financement à la hauteur
Chaibani a redit la demande syrienne d'un soutien accru, en visant particulièrement l'Union européenne, et dit avoir centré la discussion sur l'appui onusien à la reconstruction et sur un plan gouvernemental de fermeture des camps de déplacés. Les chiffres onusiens donnent la mesure de l'écart : 15,6 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire, 5,5 millions restent déplacées à l'intérieur du pays et 1,7 million de réfugiés sont rentrés depuis décembre 2024, alors que le HCR recensait encore plus de 5,4 millions de réfugiés fin 2025. Washington et Bruxelles ont levé une large part des sanctions héritées de l'ère Assad, sans effet net visible sur l'économie syrienne.
Ce que la visite ne solde pas
Guterres s'est dit prêt à soutenir "la justice transitionnelle, une constitution permanente et des élections libres". La formule bute sur l'institution devant laquelle il doit parler lundi : l'Assemblée du peuple de transition, 210 sièges, a été complétée le 2 juillet, deux tiers de ses membres désignés par des commissions électorales et un tiers nommés par Charaa, pour un mandat de deux ans et demi chargé notamment d'écrire la Constitution. La transition traîne aussi son passif confessionnel, avec environ 1 400 morts, en majorité alaouites, sur la côte en mars 2025, puis plus d'un millier de tués et 128 000 déplacés à Soueïda en juillet 2025. La sécurité reste incertaine : deux bombes ont explosé le 7 juillet près de l'hôtel de Damas où logeait Emmanuel Macron, attentat attribué à une cellule de l'État islamique. En qualifiant la Syrie de "pilier de stabilité du Moyen-Orient" au moment où la guerre entre l'Iran et les États-Unis secoue la région, Guterres formule un pari plus qu'un constat.


