Le Parlement hongrois a voté le 13 juillet au soir un amendement constitutionnel mettant fin au mandat du président Tamás Sulyok, élu en 2024 sous Viktor Orbán et considéré comme un fidèle de l'ancien premier ministre. Le texte a été adopté par 139 voix contre 6, le Fidesz ayant boycotté la séance. Sulyok dispose de cinq jours pour signer sa propre révocation ou saisir la Cour constitutionnelle. C'est la journée parlementaire la plus tendue depuis l'arrivée au pouvoir de Péter Magyar en mai.
Un amendement qui tient en une phrase
Le 17e amendement à la Constitution règle le sort du chef de l'État en une seule phrase : « Le jour suivant l'entrée en vigueur du présent amendement constitutionnel, le mandat du président prend fin », rapporte Balkan Insight. Le paquet va bien au-delà. Il met également fin aux fonctions du président de la Cour constitutionnelle, Péter Polt, procureur général de Hongrie de 2010 à 2025, et réintroduit une limite d'âge de 70 ans qui écarte quatre juges de la Cour, dont lui. Le paquet crée aussi un organe chargé d'enquêter sur les abus financiers présumés sous le gouvernement précédent et impose une limite de douze ans de mandat aux députés, selon Al Jazeera et la BBC. L'ensemble est conçu comme un régime transitoire, destiné à tenir jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution dans deux ou trois ans, selon la BBC.
Le paradoxe des outils hérités d'Orbán
La manœuvre repose entièrement sur l'architecture que le Fidesz avait lui-même bâtie. La Constitution de 2011, écrite par le gouvernement Orbán, consacre le principe selon lequel le vainqueur prend tout, rappelle Péter Róna, ancien candidat d'opposition à la présidence, cité par la BBC. Pendant la majeure partie de ses seize ans au pouvoir, le Fidesz a utilisé sa majorité des deux tiers pour remodeler l'État et placer ses fidèles dans des postes théoriquement indépendants. Le Tisza, vainqueur des élections du 12 avril avec une majorité de même ampleur, applique la même mécanique en sens inverse. « La grande ironie de la situation est que le Fidesz a été rattrapé par sa propre conception du pouvoir », résume Róna. András Baka, ancien président de la Cour suprême, souscrit à la destitution : selon lui, il est devenu très difficile de démanteler un régime autoritaire sophistiqué, « conçu pour survivre même à une défaite électorale ».
Amnesty approuve le but, conteste la méthode
La contestation la plus embarrassante pour le nouveau pouvoir ne vient pas du Fidesz. Amnesty International Hongrie a critiqué la manœuvre tout en partageant son objectif. « Nous sommes d'accord avec le but. Nous pensons aussi que le président Sulyok est indigne de sa fonction », a déclaré Áron Demeter, directeur de la communication de l'organisation, à Balkan Insight. « Mais la manière dont il est démis compte aussi. » Demeter juge le procédé, une révocation glissée en une phrase dans un amendement, parfaitement légal mais pas élégant : si le gouvernement veut rompre avec les méthodes de l'ère Orbán, il ne devrait pas tomber dans le même piège. András Baka émet une réserve distincte, sur la limite des trois mandats, qui « limite le droit du public à voter pour qui il souhaite ».
Un Fidesz sans chef et rattrapé par la limite de mandats
La limite de douze ans s'applique rétroactivement et empêchera de se représenter plus de la moitié des députés Fidesz actuels selon la BBC, les deux tiers du groupe selon Balkan Insight. Réduit à 52 sièges sur 199 avec ses alliés chrétiens-démocrates, le parti a boycotté la séance et dénonce un amendement sans précédent, accusant le Tisza de construire une tyrannie. Il se trouve surtout privé de direction au pire moment. Viktor Orbán a refusé de siéger depuis la défaite et a quitté la Hongrie lundi pour assister aux demi-finales et à la finale de la Coupe du monde de football aux États-Unis. Le même jour, le chef du groupe parlementaire, Gergely Gulyás, démissionnait de ses fonctions, la limite de mandats devant l'empêcher de se représenter.
Le vrai test sera le successeur
Sulyok a cinq jours. S'il saisit la Cour constitutionnelle, Magyar promet d'engager une procédure de destitution, qui le suspendrait automatiquement de ses fonctions. Le gouvernement le presse plutôt de démissionner pour éviter une crise constitutionnelle. Zsuzsanna Szelényi, du CEU Democracy Institute, s'attend pour sa part à ce qu'il épuise tous les recours et dénonce des atteintes à l'État de droit, un grief qu'il n'avait jamais formulé pendant les seize ans de règne du Fidesz.
Reste l'inconnue que soulève Demeter. Une fois le mandat de Sulyok éteint, le Parlement disposera de trente jours pour lui élire un successeur, selon Daily News Hungary. Ce président intérimaire, en fonction jusqu'à l'adoption de la nouvelle Constitution, devra unir une société hongroise profondément polarisée et contrebalancer le gouvernement quand nécessaire. Trouver cette figure alors que le Tisza n'a besoin de personne pour gouverner dira, en quelques semaines, si le changement de régime annoncé est autre chose qu'une alternance.



