Un remaniement gouvernemental de grande ampleur
La Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien, a approuvé jeudi 16 juillet la nomination de Serhiy Koretsky au poste de Premier ministre, avec 289 voix pour. Âgé de 48 ans, il dirigeait depuis mai 2025 Naftogaz, la première entreprise gazière publique du pays, pendant une campagne soutenue de frappes russes contre les infrastructures énergétiques. Sa candidature, soumise la veille par le président Volodymyr Zelensky, a surpris à Kiev, l'intéressé ne disposant d'aucune expérience politique majeure, note Le Temps. Koretsky succède à Ioulia Svyrydenko, à la tête du gouvernement depuis près d'un an.
Le limogeage de Fedorov déclenche des manifestations
Des centaines d'Ukrainiens se sont rassemblés jeudi à Kyiv, mais aussi à Odessa, Kharkiv, Dnipro et Lviv, pour protester contre le départ du ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov, annoncé mercredi soir. En poste depuis janvier, il est crédité d'avoir réformé l'armée et généralisé l'usage des drones pour épargner la vie des soldats. « Son objectif est que les gens se battent moins et que les drones se battent plus, et il l'a prouvé par des actes », témoigne auprès de l'AFP Margarita Grechko, une manifestante qui travaille dans la technologie militaire.
Un bras de fer avec le commandement militaire
Selon les médias ukrainiens cités par France 24, le conflit entre Fedorov et le commandant en chef de l'armée, Oleksandr Syrsky, aurait déclenché ce limogeage. Le ministre voulait reconstruire l'outil militaire autour de la technologie et imposer les équipements qu'il jugeait nécessaires, plutôt que ceux réclamés par les généraux. De nombreux manifestants brandissaient des pancartes contre Syrsky, accusé de mener des « assauts de chair à canon ». Pavlo Yelizarov, l'un des commandants de drones les plus efficaces du pays, a démissionné pour protester, qualifiant la décision de « mal ».
Une crise de gouvernance en pleine guerre
Le remaniement intervient alors que la Russie poursuit ses frappes, avec une série de missiles balistiques sur Kyiv dans la nuit de mercredi à jeudi. Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Rafael Grossi, a par ailleurs condamné la mort d'un ingénieur de la centrale de Zaporijjia. Le soutien européen reste marqué : la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, était à Kiev mercredi pour renforcer le partenariat de défense, quelques jours après l'adhésion du Royaume-Uni au prêt européen de 90 milliards d'euros en faveur de l'Ukraine.
Un chef de gouvernement attendu sur l'hiver
Devant les députés, Koretsky a mis en avant son bilan à Naftogaz, assurant avoir garanti un approvisionnement en gaz « ininterrompu » malgré les bombardements. Zelensky l'a présenté comme « la personne la mieux préparée » pour diriger le gouvernement, en vue de préparer le pays au prochain hiver. Reste que le départ du plus populaire des ministres, salué par la rue, illustre la tension persistante entre contrôle politique et efficacité militaire, au moment où Kyiv cherche à relancer une négociation avec Moscou.



