Une demi-heure à la Trump Tower
Emmanuel Macron a été reçu par Donald Trump le lundi 21 septembre au soir, dans l'appartement du président américain à la Trump Tower, sur la Ve avenue de Manhattan, à la veille de l'ouverture du débat général de la 81e Assemblée générale des Nations unies. Selon Euronews, l'entretien a duré environ une demi-heure. Le président français, arrivé de Saint-Pierre-et-Miquelon où il venait de rencontrer le Premier ministre canadien Mark Carney, l'a qualifié de « très constructif » devant la presse, décrivant un homologue américain « très ouvert ».
Ormuz et la mer Rouge, les deux goulets du prix du pétrole
Le cœur de la discussion portait sur l'envolée des prix du pétrole. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite en temps normal environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde selon l'EIA, reste quasi fermé au trafic pétrolier depuis les frappes américano-israéliennes lancées contre l'Iran le 28 février. Emmanuel Macron dit avoir perçu une « volonté de rouvrir Ormuz » et évoque, selon Al-Monitor, des solutions qui permettraient, « sans avoir un accord global », de faire passer davantage de porte-conteneurs et de tankers. Euronews mentionne l'idée d'une résolution à l'ONU sur le détroit.
Le second front est la mer Rouge, devenue la principale route de repli pour le brut du Golfe et où les rebelles houthistes ont renforcé leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb début septembre. Selon une source diplomatique citée par Euronews, Paris propose de contribuer à la sécurisation d'infrastructures saoudiennes, dont l'oléoduc Est-Ouest qui achemine le brut vers la mer Rouge. Il a été fermé après une attaque de drones le 10 septembre, venue d'Irak selon Riyad et Bagdad, rapporte Al Jazeera.
Ukraine, intercepteurs et moratoire sur l'énergie
Sur l'Ukraine, Emmanuel Macron dit avoir plaidé pour « aider encore plus vite et plus fort nos amis ukrainiens en termes d'intercepteurs ». Il a aussi évoqué, dans un message publié sur X, « la perspective d'une trêve énergétique et d'un moratoire en mer Noire ». La proposition rejoint une exigence américaine : le 13 septembre, rappelle le Kyiv Independent, Donald Trump avait demandé à Kiev de cesser ses frappes contre l'industrie russe du diesel, qu'il juge responsables d'une partie de la pénurie mondiale.
Le président français a ensuite rencontré Volodymyr Zelensky. Celui-ci a posé sa condition sur X : le secteur énergétique, les infrastructures critiques et les exportations alimentaires ukrainiennes « doivent cesser d'être des cibles pour la Russie », ce qui entraînera « des étapes de désescalade correspondantes » côté ukrainien. Les deux dirigeants ont aussi parlé défense aérienne : Kiev se dit prêt à acquérir des systèmes SAMP/T supplémentaires grâce au prêt européen, et Paris annonce la signature d'un contrat de radars et la fourniture d'intercepteurs, selon le Kyiv Independent.
Un agenda dicté par le pouvoir d'achat
L'ordre du jour de Paris est d'abord économique. Emmanuel Macron l'a dit lui-même : ces deux conflits ont « un impact direct sur le pouvoir d'achat des Français ». Dans une lettre datée du 18 septembre et rendue publique le 22, selon Politico et Eunews, il a demandé à Ursula von der Leyen d'assouplir temporairement les spécifications européennes des carburants et de reporter d'un an les obligations de suivi du méthane pour les importateurs, faute de marge budgétaire pour baisser les taxes nationales.
Cette priorité explique l'équilibre délicat de la position française. Un moratoire sur les frappes énergétiques priverait l'Ukraine de l'un de ses rares moyens de pression sur l'économie russe, au moment où la Russie maintient la pression sur l'Ukraine avant l'hiver, avec plus de 2 000 drones d'attaque lancés en une semaine selon Volodymyr Zelensky. En le liant à davantage d'intercepteurs, Paris tente de rendre l'idée acceptable à Kiev tout en répondant à la demande de Washington.
Ce qui reste à obtenir
Aucun engagement américain chiffré n'a été annoncé à l'issue de l'entretien. Le 22 septembre, à la tribune de l'Assemblée générale, Donald Trump a assuré que la guerre en Ukraine finirait « plus vite que les gens ne le pensent », sans annoncer de mesure concrète. Volodymyr Zelensky devait le rencontrer le même jour en marge des débats. La portée réelle des pistes françaises sur Ormuz, la mer Rouge et la trêve énergétique se mesurera à ce qui sortira de ces échanges, et à la réponse de Moscou, absente de la discussion new-yorkaise.



