Une première pour la capitale depuis la reprise du conflit
Dans la nuit du 18 au 19 septembre, les sirènes ont retenti à Riyad et dans l'ouest du royaume. Le porte-parole militaire houthi Yahya Saree a revendiqué « deux opérations » menées avec « un grand nombre de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones », l'une contre des « sites sensibles » de la capitale, l'autre contre les installations d'Aramco à Yanbu, sur la mer Rouge. La coalition dirigée par l'Arabie saoudite affirme avoir « intercepté et détruit » le missile balistique tiré vers Riyad et déjoué d'autres tentatives à Bisha, Taïf, Farasan et Yanbu, selon Al Jazeera.
Des journalistes de l'AFP ont vu brûler un réservoir d'Aramco près de l'aéroport international du roi Khaled, où des vols ont été annulés selon FlightRadar24. C'est la première attaque menaçant directement la capitale depuis la reprise de la guerre au Yémen. Pour Andreas Krieg, du King's College de Londres, elle franchit « un seuil psychologique important » : le royaume absorbe des frappes sur des sites isolés, pas des menaces répétées sur Riyad.
L'oléoduc Est-Ouest, dernière issue du pétrole saoudien
L'attaque sur Yanbu vise une infrastructure déjà à terre. L'oléoduc Est-Ouest, qui relie les champs de l'est du royaume au terminal de Yanbu, est fermé « par précaution » depuis le 11 septembre, après des frappes de drones sur ses stations de pompage. Personne ne les a revendiquées : Bagdad a reconnu qu'elles étaient parties de la province irakienne de Maysan, et les analystes les attribuent aux milices pro-iraniennes d'Irak. Sa capacité avait été portée à 7 millions de barils par jour début 2026, contre 5 auparavant, pour contourner le détroit d'Ormuz, fermé par l'Iran depuis le début de la guerre déclenchée le 28 février par les frappes américano-israéliennes. Depuis, Aramco a annulé des cargaisons destinées à l'Europe.
À l'autre bout de la péninsule, les Houthis ont pris le 10 septembre le port de Moka puis, le lendemain, l'île de Périm, qui commande Bab el-Mandeb. Le blocus des navires saoudiens proclamé en juillet devient applicable. Les deux sorties maritimes du pétrole saoudien dépendent désormais de l'Iran, directement ou par ses alliés. Le raffineur polonais Orlen, qui tire environ 40 % de son brut d'Aramco, a contracté seize cargaisons de remplacement, notamment en Norvège, en Algérie et au Kazakhstan.
Washington refuse d'intervenir mais craint « une escalade rapide »
Le département d'État a averti que ce conflit « a le potentiel d'escalader rapidement » et restreint les déplacements de ses agents à Taïf et à Yanbu. Donald Trump a écourté son week-end à Camp David sans explication. Pourtant, d'après Axios, le président a refusé le 11 septembre une demande de frappes formulée à deux reprises par le prince héritier Mohammed ben Salmane, en se limitant au partage de renseignement et de données de ciblage. Il a déclaré à Fox News ce week-end que « les Houthis nous ont appelés, ils ne veulent pas se battre avec nous ».
Le Guardian y voit deux contraintes : des stocks de munitions entamés par sept mois de guerre contre l'Iran, et le refus d'ouvrir un nouveau front. Le message reçu à Riyad est lourd : un partenaire à qui Washington vient d'approuver, le 17 septembre, la vente de 48 F-35 se voit refuser un appui direct quand sa capitale est visée.
Le pacte de La Mecque à l'épreuve
Le pacte de défense mutuelle signé le 7 août à La Mecque entre l'Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie connaît son premier test. Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a indiqué samedi à NTV que Riyad « peut avoir des besoins militaires, notamment sur des questions techniques », qu'Ankara n'aurait « aucun problème » à couvrir. Islamabad a réaffirmé le 18 septembre son engagement. Aucune intervention n'a été annoncée. Israël a fait savoir, via le commandement central américain, qu'il pouvait fournir renseignement et alerte avancée, selon Al-Monitor.
Téhéran menace, l'ONU comme dernière fenêtre
Dimanche, le quartier général Khatam al-Anbiya, qui coordonne les forces armées iraniennes, a affirmé que Washington avait « décidé de reprendre » ses opérations « avec le feu vert de certains pays de la région ». Il a promis des représailles contre les bases américaines et averti que les États qui prêteraient leur territoire seraient « considérés comme complices ». Donald Trump s'est dit en « phase de décision », entre « anéantir » l'Iran, le « laisser pourrir économiquement » ou conclure un accord, et ouvert à rencontrer le président Massoud Pezeshkian à l'Assemblée générale de l'ONU. Il reçoit mardi les six membres du Conseil de coopération du Golfe.
Le mémorandum signé le 17 juin n'a pas survécu à l'été : rompu dès juillet, son délai de 60 jours a expiré le 17 août sans accord. Téhéran conditionne la réouverture d'Ormuz à la levée du blocus naval américain et à la restitution de ses avoirs gelés. Selon Reuters, douze navires ont franchi le détroit ce week-end, contre 35 le précédent. Au Yémen, les combats ont fait 48 morts samedi selon des sources militaires des deux camps citées par l'AFP, et l'Organisation internationale pour les migrations compte plus de 110 000 déplacés depuis le début de l'offensive houthie.



