Benyamin Netanyahou a affirmé mardi soir que son gouvernement n'avait pas donné son accord au projet de désarmement du Hamas transmis par l'équipe de Donald Trump, un texte négocié pendant des mois entre le mouvement palestinien, le Conseil de paix pour Gaza et les médiateurs régionaux, sans participation israélienne. Le Premier ministre exige un désarmement complet avant tout mouvement de ses troupes, quand la feuille de route prévoit des étapes réciproques.
Ce que Netanyahou a dit, et ce que les titres en ont retenu
Dans une vidéo publiée mardi 4 août au soir sur son compte Facebook, le Premier ministre israélien a répondu aux informations selon lesquelles son gouvernement s'apprêtait à céder du terrain à Gaza. « Le président Trump, ou son équipe, pense pouvoir obtenir le désarmement du Hamas et la démilitarisation de Gaza », a-t-il déclaré, selon la retranscription du Times of Israel. « Nous n'y avons pas donné notre accord. Ce n'était pas notre projet. Nous avons renvoyé nos commentaires. » Il a ajouté qu'Israël ne se retirerait pas de ses lignes actuelles à Gaza « tant que le Hamas ne sera pas complètement désarmé ».
La nuance mérite d'être posée, parce que plusieurs titres de presse ont transformé cette séquence en refus formel. Netanyahou ne dit pas qu'il enterre le document, il dit qu'il ne l'a pas approuvé et qu'il a transmis ses observations. La différence n'est pas cosmétique. Renvoyer des commentaires sur un texte, c'est rester dans la négociation, pas en sortir. Elle laisse ouverte l'hypothèse d'un réaménagement du calendrier plutôt que d'une rupture avec Washington, que ni le gouvernement israélien ni la Maison Blanche n'ont intérêt à assumer publiquement à ce stade.
Une feuille de route négociée sans Israël
Le jeudi 30 juillet, Donald Trump a annoncé que le Conseil de paix pour Gaza était parvenu à un accord sur le désarmement complet du Hamas et des autres groupes armés du territoire, qualifiant le texte d'étape majeure vers une paix durable. Cet organe, créé à son initiative pour superviser la reconstruction et l'ordre d'après-guerre dans l'enclave, a travaillé avec les médiateurs égyptien, qatari et turc. Les modalités ont été détaillées le lendemain par Al Jazeera : le calendrier de l'inventaire des armes du Hamas doit être arrêté sous quatorze jours, prolongeable avec l'aval d'une commission internationale de vérification, la priorité portant sur les armements lourds, les sites de production, les dépôts et les tunnels. Le correspondant de la chaîne à Washington, Alan Fisher, situe la phase de démilitarisation entre 200 et 300 jours.
Le dispositif prévoit également une force internationale de stabilisation, pour laquelle plusieurs pays se sont engagés à hauteur d'environ 5 000 hommes selon la même source, une nouvelle police palestinienne recrutée localement, et un comité national palestinien chargé de l'inventaire et du stockage, seule entité autorisée à détenir des armes dans le territoire. Le Hamas a fait savoir qu'il acceptait ce cadre. Israël, lui, n'a pas pris part à la négociation. Le point est rarement souligné et pourtant déterminant : le gouvernement israélien découvre un texte élaboré entre son adversaire, un organe international et des médiateurs dont il conteste depuis des années le rôle, en particulier Doha et Ankara.
Le séquencement, plus que le principe
Sur le fond, les positions sont moins éloignées que le vocabulaire ne le laisse croire. Le désarmement du Hamas figure dans le texte accepté par le mouvement lui-même. Le point de friction porte sur l'ordre des opérations, et il est plus précis qu'il n'y paraît. Le Conseil de paix a rassuré Israël le 4 août sur le retrait final : « Le retrait de l'armée israélienne au-delà de la ligne jaune n'aura lieu qu'une fois le démantèlement achevé, comme le Hamas s'y est engagé auprès des médiateurs », a indiqué l'organe après la rencontre entre son représentant Nikolay Mladenov et Netanyahou.
Cette garantie ne règle pourtant rien, car le désaccord porte sur le mouvement initial. Le plan suppose un repli des troupes israéliennes vers la ligne jaune avant la remise des premières armes, selon le Times of Israel, quand Netanyahou refuse de bouger de ses positions actuelles, largement au-delà de cette ligne. Le blocage n'est donc pas sur la fin du processus mais sur son premier pas.
Il est de surcroît symétrique. Ghazi Hamad, membre de la délégation de négociation du Hamas, a prévenu que le mouvement n'appliquerait pas ses obligations si Israël n'appliquait pas les siennes, l'accord devant selon lui être traité comme un tout. Chacun demande à l'autre de commencer, ce qui est la définition d'une impasse de séquencement.
Le porte-parole du bureau du Premier ministre, Doron Spielman, a fait valoir que la version rendue publique ne reflétait pas les positions d'Israël. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich et la ministre des Missions nationales Orit Strock ont réclamé un nouveau vote, jugeant le document complètement différent de ce qui avait été approuvé, alors même que Smotrich avait voté en faveur de la décision initiale.
Sur le terrain, des frappes moins nombreuses
Un signal contredit toutefois la fermeté affichée. Selon la radio de l'armée israélienne et Haaretz, repris par la FAZ et l'ORF, la direction politique a modifié les règles d'engagement à Gaza en début de semaine. Une frappe ciblée visant des membres du Hamas requiert désormais l'accord personnel du chef d'état-major, le général Eyal Zamir, sauf danger immédiat pour les soldats sur le terrain. L'aval du chef du commandement Sud ou de commandants de division suffisait auparavant. Le Times of Israel rapporte que le nombre d'attaques a déjà diminué, et des responsables de la défense israélienne s'attendent à un effet direct sur l'ampleur de l'activité militaire dans l'enclave.
L'armée a renvoyé les questions vers le pouvoir politique, qui ne s'est pas exprimé sur ces informations. La mesure va dans le sens de ce que réclamait Mladenov, qui avait demandé l'arrêt des frappes lors de sa visite. Autrement dit, Israël refuse d'endosser le texte tout en en appliquant l'un des premiers effets attendus. Cette dissociation entre le discours et la pratique reste le meilleur indice disponible sur l'état réel des discussions.
Un cessez-le-feu qui n'a pas fait taire les armes
Le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025 n'a jamais mis fin aux tirs. Le ministère de la Santé de Gaza, dont l'ONU juge les chiffres fiables, faisait état le 5 août de 73 381 morts et 174 231 blessés depuis octobre 2023, dont 1 254 tués et 4 121 blessés depuis l'entrée en vigueur de la trêve. Les bilans repris dans la presse les jours précédents variaient entre 1 100 et 1 250 morts sur cette période, écarts qui tiennent aux dates d'arrêt des comptages et non à un désaccord de fond.
Les frappes ont même repris de l'intensité après la publication de l'accord, avec une vingtaine de morts sur le seul week-end des 1er et 2 août selon les bilans locaux. Le 3 août, dans un communiqué conjoint publié à Doha, l'Égypte, le Qatar et la Turquie ont condamné en leur qualité de médiateurs des violations israéliennes visant en particulier des structures de santé, y voyant une violation flagrante du droit international et humanitaire ainsi qu'un manquement à l'accord de trêve qui compromet le passage à sa deuxième phase.
Sabra, la guerre que l'on déterre encore
Mardi, plusieurs milliers de personnes ont accompagné à Gaza les corps de 112 membres d'une même famille élargie, les al-Hassayna, également connus sous le nom d'Abou Charia, exhumés des décombres d'un pâté de maisons du quartier de Sabra. Ces 112 dépouilles ne sont pas le bilan de la frappe mais celui des corps retrouvés : Al Jazeera fait état de 308 membres des deux familles tués le 22 novembre 2023, tandis que la Défense civile de Gaza décrivait à la BBC un immeuble abritant plus de 180 personnes dont environ 90 % ont péri. Al-Monitor situe l'attaque au 23 novembre.
Le chantier de recherche a duré près de deux semaines, dix-sept jours pour une équipe de quarante hommes selon Al Jazeera. Les décomptes des inhumés varient également : 44 enfants, 38 femmes et sept personnes handicapées selon la BBC, 44 enfants, 37 femmes, 23 personnes âgées et sept personnes handicapées selon l'agence Wafa citant un aîné de la famille, 40 enfants, 38 femmes et sept personnes handicapées selon la Défense civile. Le Comité international de la Croix-Rouge a fourni le matériel et loué deux des rares pelleteuses disponibles sur place. Environ 8 000 corps se trouvaient encore sous les gravats en mai selon le ministère de la Santé de Gaza, et le bureau des médias du gouvernement de Gaza affirmait début juillet que plus de 2 700 familles avaient été entièrement rayées du registre d'état civil.
Une position que le calendrier intérieur explique en partie
Netanyahou parle aussi pour son électorat. Sa coalition compte des ministres qui présentent tout retrait comme une capitulation, et l'ancien Premier ministre Naftali Bennett, candidat déclaré, l'accuse d'avoir abandonné Gaza et laissé le Qatar reprendre la main sur un Hamas qui, selon lui, a reconstitué sa chaîne de commandement, réarmé et recreusé ses tunnels. Dans ce contexte, afficher une exigence maximaliste coûte peu et rapporte immédiatement, tandis qu'endosser un texte négocié sans Israël exposerait le chef du gouvernement sur son flanc droit.
Reste que la fenêtre est étroite. Le plan fixe le calendrier de l'inventaire des armes sous quatorze jours à compter de son annonce, échéance qui tombe à la mi-août. Si Israël ne s'y associe pas et si le Hamas conditionne chaque geste à un repli préalable, la commission de vérification devra prolonger les délais avant même le premier acte concret. L'accord tiendra ou non à la capacité des médiateurs à faire accepter un premier pas simultané plutôt que successif. Rien dans les déclarations de cette semaine ne montre que ce point ait avancé.



