La Pologne a officialisé le 29 juin l'achat de trois sous-marins de type A26 auprès du suédois Saab, pour environ 47 milliards de couronnes (4,8 milliards de dollars, soit près de 4,6 milliards d'euros). Signé en marge d'un sommet intergouvernemental à Gdynia, le contrat clôt le programme Orka et s'accompagne d'un « Pacte de la mer Baltique » entre Varsovie et Stockholm.
Trois A26 pour remplacer une flotte soviétique
Selon Saab, l'Agence polonaise des armements a notifié un contrat portant sur la production et la livraison de trois sous-marins, assorti d'un lot d'armement, de formation et de soutien. Les bâtiments remplaceront les Kobben déjà retirés et l'ORP Orzel, un Kilo de conception soviétique cédé par l'URSS en 1986. La première unité doit être livrée en 2031 et la dernière en 2038. Le groupe suédois l'a emporté, fin novembre 2025, face à Naval Group, TKMS, Fincantieri, Navantia, HD Hyundai et Hanwha Ocean.
Un sous-marin conçu pour la Baltique
D'après les données du constructeur rapportées par Mer et Marine et Zone Militaire, l'A26 déplace environ 2 000 tonnes en surface pour 66 mètres de long. Il est doté d'un système de propulsion anaérobie Stirling Mk3 et de tubes de 533 et 400 millimètres permettant le tir de torpilles et de missiles ainsi que le mouillage de mines. Saab met en avant une signature acoustique « extrêmement basse ». Le bâtiment peut déployer un drone sous-marin et embarquer des forces spéciales, pour un équipage réduit à une vingtaine de marins.
La cession d'un sous-marin d'occasion, argument décisif
En attendant le premier A26, la marine polonaise louera dès 2027 le Södermanland, un sous-marin suédois admis au service en 1989, via un contrat distinct d'environ 1,9 milliard de couronnes. Cette location, destinée à maintenir les compétences polonaises alors que l'Orzel arrive en bout de course, a probablement pesé dans le choix de Varsovie : selon Mer et Marine, les concurrents, dont Naval Group, n'offraient pas de solution de transition équivalente. Un troisième accord porte sur un navire de sauvetage sous-marin, le « Ratownik ».
Un volet industriel et un partenariat baltique
Le contrat prévoit l'établissement en Pologne de capacités de maintenance et de réparation (MRO) via l'industrie locale, dans le cadre d'un protocole entre Saab et le groupe public Polska Grupa Zbrojeniowa. Le premier ministre suédois Ulf Kristersson a évoqué sur X « des centaines » de sous-traitants polonais et un investissement de Saab pouvant atteindre 100 millions d'euros. Le même jour, Varsovie et Stockholm ont lancé le « Pacte de la mer Baltique », qui désigne la Russie comme « principale menace de long terme » pour la région et vise une coordination politique et militaire renforcée entre les deux alliés de l'OTAN.
Un calendrier qui interroge
La principale réserve tient au respect des délais. Les deux A26 commandés par la marine suédoise (le Blekinge et le Skåne) accumulent les retards : mis sur cale en juin 2022, le premier n'est pas attendu en service avant 2031, son jumeau en 2035. Breaking Defense rappelle qu'aucun des deux bâtiments suédois n'a encore été lancé après onze ans de construction. Le ministre suédois de la Défense Pal Jonson a indiqué qu'un transfert d'unités suédoises à la Pologne restait à l'étude, ce qui pourrait sécuriser le calendrier polonais.
Une facture élevée, assumée
Le prix interroge au regard d'autres contrats récents : en septembre 2024, les Pays-Bas ont commandé quatre Shortfin Barracuda à Naval Group pour 5,6 milliards d'euros, et l'Indonésie deux Scorpène Evolved pour près de 2 milliards. Pour le ministre polonais de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz, l'offre suédoise présentait « les meilleures conditions » de délais et de coopération technologique. Au-delà du tonnage, l'enjeu pour Varsovie est de doter sa marine d'une capacité de frappe sous-marine crédible en Baltique, dans un espace devenu un point de friction permanent avec Moscou.

