Les résultats du 5 octobre 2026
Le Parti québécois (PQ) a remporté l'élection générale du lundi 5 octobre 2026 au Québec. Selon les résultats compilés le 6 octobre, la formation indépendantiste obtient 59 des 127 sièges de l'Assemblée nationale, avec environ 28 % des suffrages exprimés. Il lui manque cinq sièges pour atteindre la majorité absolue, fixée à 64. Paul St-Pierre Plamondon, 49 ans, avocat de formation et chef du parti depuis 2020, deviendra donc premier ministre à la tête d'un gouvernement minoritaire, une configuration que la province n'avait plus connue depuis 2012.
Derrière lui, le Parti libéral du Québec (PLQ) de Charles Milliard obtient 40 sièges avec un peu plus de 24 % des voix. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) d'Éric Duhaime, qui n'avait aucun élu en 2022, en remporte 19 avec près de 21 % des voix. Québec solidaire (QS), le parti de gauche souverainiste dirigé par Ruba Ghazal, conserve 9 sièges avec environ 12,4 %. La Coalition avenir Québec (CAQ), au pouvoir depuis 2018, est rayée de la carte parlementaire : aucun siège, malgré plus de 13 % des voix. Sa cheffe et première ministre sortante, Christine Fréchette, a elle-même été battue dans la circonscription de Trois-Rivières. Selon la BBC, elle a reconnu sa défaite peu avant 22 heures, heure locale, en promettant de travailler avec son successeur à la transition. La participation s'établit à près de 67 %, légèrement au-dessus de celle de 2022.
Une remontée sans précédent pour le Parti québécois
Le retour du PQ au pouvoir est d'abord une remontée spectaculaire. En 2022, le parti fondé par René Lévesque n'avait fait élire que trois députés, avec moins de 15 % des voix, et plusieurs commentateurs s'interrogeaient alors sur sa survie. Il n'avait plus gouverné depuis le bref passage de Pauline Marois au pouvoir, entre 2012 et 2014. Quatre ans plus tard, il multiplie presque par vingt son nombre d'élus.
Cette progression s'est construite par étapes. Le PQ a remporté plusieurs élections partielles au cours de la législature et figurait en tête de la plupart des sondages depuis le début de 2024, porté par l'usure de la CAQ. Le parti de François Legault avait fait de la défense de l'identité et de la langue française le cœur de ses huit années au pouvoir, mais il a perdu une large part de ses appuis. Legault a annoncé sa démission le 14 janvier 2026. Christine Fréchette lui a succédé à la tête du parti le 12 avril, puis comme première ministre le 15 avril, sans parvenir à inverser la tendance.
Les agences de presse insistent sur les ressorts de ce vote. Selon l'AFP, citée par RTL Today, la montée du PQ est liée à la frustration sur le coût de la vie et au désir durable de protéger le français dans un pays majoritairement anglophone, plutôt qu'à un rejet du premier ministre fédéral Mark Carney, qui reste populaire au Québec. Le politologue Daniel Béland, de l'Université McGill, interrogé par l'Associated Press et cité par Al Jazeera, y voit l'effet du multipartisme québécois, où les voix se dispersent entre plusieurs formations, davantage qu'une poussée du sentiment sécessionniste.
Un mode de scrutin qui amplifie la victoire
Le chiffre le plus parlant de la soirée n'est pas le nombre de sièges du PQ, mais l'écart entre ses voix et ses élus. Avec 28 % des suffrages, le parti obtient près de 46 % des sièges. À l'inverse, la CAQ, avec plus de 13 % des voix, n'en obtient aucun, tandis que Québec solidaire, avec un score inférieur, en conserve neuf parce que son électorat est concentré dans quelques circonscriptions montréalaises.
Cette distorsion est le produit du scrutin majoritaire uninominal à un tour, hérité du système britannique : dans chaque circonscription, le candidat arrivé en tête l'emporte, quel que soit son pourcentage. Dans une élection à cinq partis, quelques points d'avance suffisent pour gagner un grand nombre de circonscriptions. La réforme vers un mode de scrutin proportionnel mixte, promise par la CAQ en 2018 puis abandonnée en cours de mandat, revient ainsi dans le débat par un effet ironique : le parti qui l'avait enterrée en est la première victime.
Pour l'analyse, ce point compte. Le nouveau gouvernement dispose d'une légitimité parlementaire réelle, mais d'une base électorale étroite : environ 72 % des électeurs ont voté pour un autre parti. Un projet aussi lourd qu'un référendum sur l'indépendance se heurtera à cette arithmétique, que les adversaires du PQ ne manqueront pas de rappeler.
La promesse d'un troisième référendum
Le PQ a fait campagne sur la tenue d'un troisième référendum sur la souveraineté du Québec au cours de son premier mandat. Le Québec a déjà voté deux fois sur la question. En 1980, sous le gouvernement Lévesque, le camp fédéraliste l'avait emporté nettement. En 1995, sous Jacques Parizeau, le non ne l'avait emporté qu'avec 50,58 % des voix, contre 49,42 % pour le oui, avec une participation de 93,5 %. Aucune consultation n'a eu lieu depuis plus de trente ans.
Paul St-Pierre Plamondon a toutefois fixé une condition de calendrier : pas de référendum tant que Donald Trump occupe la Maison-Blanche, soit pas avant le 20 janvier 2029. Selon l'AFP, il estime que la décision sur l'avenir du Québec exige des conditions permettant un débat « éclairé et serein », qui ne doit pas être « détourné par la théâtralité d'un président imprévisible ». La prochaine élection générale québécoise étant fixée par la loi à octobre 2030, la fenêtre réaliste se situe donc entre 2029 et 2030, à condition que le gouvernement minoritaire tienne jusque-là.
Le soir de sa victoire, à Montréal, le futur premier ministre a promis d'être « le premier ministre de tous les Québécois », tout en affirmant que « notre destin national se réalisera un jour », selon la BBC. Il a présenté le référendum comme l'occasion de « décider de notre avenir national ».
Reste l'opinion. Les sondages cités par la BBC, l'AFP et l'Associated Press placent le soutien à l'indépendance autour de 30 %, un niveau bas au regard de l'histoire du mouvement. Le PQ a donc gagné une élection sans avoir gagné, à ce stade, la question qui fonde son existence.
L'arithmétique parlementaire d'une consultation
En régime minoritaire, chaque grand projet doit trouver des alliés. Les deux principaux partis d'opposition ont fermé la porte. Charles Milliard, chef libéral, s'est dit prêt à soutenir le PQ sur plusieurs dossiers, mais a prévenu, selon la BBC, qu'il n'était « pas question » de collaborer à un éventuel référendum. Le Parti conservateur a tenu la même ligne, selon l'AFP.
Le calcul n'est pourtant pas fermé. Québec solidaire est lui aussi souverainiste. Ses 9 sièges, ajoutés aux 59 du PQ, forment un total de 68, au-dessus du seuil de 64. Sur le papier, un projet de loi référendaire pourrait donc passer l'Assemblée nationale avec ce seul appui. Dans les faits, QS et le PQ s'opposent frontalement sur l'immigration : le PQ veut ramener le seuil d'immigration permanente à 35 000 personnes par an, quand QS proposait de le porter à 80 000. Le prix politique d'un tel appui reste à négocier.
S'y ajoute le cadre fédéral. Depuis l'avis de la Cour suprême du Canada du 20 août 1998 sur la sécession du Québec et la loi fédérale sur la clarté adoptée en 2000, Ottawa s'est réservé le droit d'apprécier la clarté de la question posée et de la majorité obtenue avant toute négociation. Une victoire du oui n'entraînerait donc pas d'effet automatique : elle ouvrirait une obligation de négocier, selon les termes de la Cour.
Monarchie, immigration, tarifs : les fronts immédiats avec Ottawa
Avant tout référendum, les tensions avec le gouvernement fédéral porteront sur des dossiers plus proches. Paul St-Pierre Plamondon a promis d'« abolir la monarchie au Québec » et de couper le financement du bureau du lieutenant-gouverneur, qui représente le roi Charles III dans la province, pour réaffecter ces sommes à la lutte contre l'itinérance. En 2022, il faisait partie des élus qui avaient refusé de prêter serment au roi, ce qui avait conduit l'Assemblée nationale à rendre ce serment facultatif.
La mesure est populaire : selon un sondage Léger de 2025 cité par l'AFP, 87 % des Québécois ne se disent pas attachés à la monarchie britannique. Elle se heurte cependant à un obstacle constitutionnel de taille, puisque le lieutenant-gouverneur donne la sanction royale aux lois adoptées par l'Assemblée. Toucher à cette fonction pourrait fragiliser la validité des futures lois québécoises, et la monarchie ne peut être modifiée qu'avec l'accord unanime du Parlement fédéral et de toutes les provinces. Le futur premier ministre se dit prêt à une bataille juridique.
L'immigration constitue le second front. Le PQ entend s'opposer à toute hausse des seuils décidée par Ottawa. Le troisième est économique : le Québec figure parmi les provinces les plus touchées par les droits de douane américains imposés en août après l'échec des négociations commerciales, avec un coût estimé à 2 milliards de dollars canadiens par Oxford Economics, selon la BBC.
Pour Mark Carney, deux tests d'unité en deux semaines
Le premier ministre canadien a félicité son futur homologue, affirmant que « bâtir un Québec plus fort est au cœur de notre mission de bâtir un Canada plus fort ». Le ton conciliant masque un calendrier délicat. Le 19 octobre, l'Alberta, province pétrolière de l'Ouest, se prononcera par référendum sur la question de savoir si son gouvernement doit engager la procédure constitutionnelle menant à un référendum contraignant sur la sécession. Les sondages y donnent une majorité opposée à la séparation, et la première ministre albertaine, Danielle Smith, se dit elle-même favorable au maintien dans le Canada.
Le rapprochement des deux scrutins n'a rien de mécanique : les ressorts albertains sont économiques et énergétiques, ceux du Québec linguistiques et identitaires. Mais, comme le relève Daniel Béland, voir un parti indépendantiste gagner au Québec deux semaines avant le vote albertain pourrait suggérer à l'administration Trump que l'unité nationale reste un sujet sensible au Canada, en pleine guerre commerciale et alors que Washington a multiplié les déclarations sur une annexion du pays.
Ce qui va se jouer dans les prochains mois
À court terme, la priorité du nouveau gouvernement sera la formation du conseil des ministres et la négociation de soutiens ponctuels pour faire adopter un premier budget et survivre aux votes de confiance. Les libéraux ont laissé entendre qu'ils pourraient appuyer certaines mesures, ce qui donne au PQ une marge de manœuvre sur les dossiers courants.
À moyen terme, la question référendaire dépendra de trois variables : la durée de vie du gouvernement minoritaire, l'évolution de l'opinion, aujourd'hui loin d'une majorité indépendantiste, et l'attitude de Québec solidaire. Le PQ a déjà commencé à préparer le terrain : il a publié dès 2023 un « budget de l'an 1 » d'un Québec souverain, une projection des revenus et dépenses que le mouvement n'avait plus actualisée depuis 2005. L'élection du 5 octobre ne tranche donc pas la question nationale. Elle la remet à l'agenda politique canadien pour la première fois depuis trois décennies.



