La Roumanie a scellé un accord-cadre stratégique avec l'israélien Rafael Advanced Defense Systems pour l'acquisition du système de défense aérienne mobile Spyder, pour un montant estimé à plus de 2 milliards d'euros (2,3 milliards de dollars). Annoncé le 28 juin par Rafael et confirmé par le ministère roumain de la Défense, le contrat est présenté par l'industriel comme le plus important de son histoire.
Un contrat à plus de 2 milliards d'euros
Selon le communiqué de Rafael, l'accord a été signé via CN Romtehnica SA, société rattachée au ministère roumain de la Défense nationale. Il couvre la fourniture de lanceurs, d'intercepteurs, de radars, de programmes de formation et de soutien logistique. Bucarest prévoit d'acquérir six systèmes Spyder intégrés. D'après Breaking Defense, les deux premiers seront livrés dans les trois ans suivant la signature du premier contrat subséquent, la formation des opérateurs précédant la réception du matériel. Romania Insider précise que les premières livraisons doivent débuter sous 36 mois.
Une capacité courte et très courte portée
Le Spyder est un système mobile dérivé des missiles air-air de Rafael : le Derby à guidage radar et le Python-5 à autodirecteur infrarouge, couplés à des radars MMR produits par Israel Aerospace Industries. Selon les données du constructeur rapportées par Defense News, il intercepte avions, hélicoptères, drones, missiles de croisière et munitions guidées jusqu'à 40 kilomètres de distance et 12 kilomètres d'altitude, avec la possibilité de tirer quatre intercepteurs simultanément. Destiné à la défense SHORAD-VSHORAD, il protège aussi bien des sites fixes que des unités en mouvement.
Une réponse aux incidents de drones
L'achat intervient alors que la Roumanie, membre de l'OTAN frontalier de l'Ukraine, a subi plusieurs incidents aériens. Début juin, un drone a explosé dans le port de Constanța ; une semaine plus tôt, un drone russe avait touché un immeuble résidentiel à Galați, près de la frontière ukrainienne. Au-delà de l'achat sur étagère, l'accord prévoit une coopération industrielle et une production partielle en Roumanie, une condition désormais récurrente des contrats d'armement européens, qui conditionne l'acceptabilité politique de dépenses de cette ampleur.
L'Europe de l'Est se tourne vers Israël
Le contrat confirme la place prise par les industriels israéliens sur le marché européen de la défense aérienne. La Tchéquie exploite déjà le Spyder depuis 2021, la Finlande a retenu le David's Sling de Rafael en 2023, et l'Allemagne a acquis le système Arrow 3 développé par IAI pour un montant de 3,5 milliards d'euros. Selon Breaking Defense, la Grèce se rapprocherait à son tour d'une commande de Spyder. Rafael, qui fournit la Roumanie depuis plus de trente ans, notamment en missiles antichars Spike, inscrit cette vente dans une relation industrielle déjà installée.
Une montée en gamme progressive
Pour Bucarest, le Spyder complète un réarmement engagé depuis le début de la guerre en Ukraine, qui a vu le pays multiplier les acquisitions israéliennes. La portée du système le situe sur la couche basse de la défense aérienne : il ne remplace pas les capacités longue portée, mais comble un créneau directement exposé à la menace des drones. Reste à confirmer la tenue du calendrier de livraison, point sensible des grands programmes d'armement, alors que la pression sur les chaînes de production européennes reste forte.

