Donald Trump retrouve ses alliés à Ankara les 7 et 8 juillet 2026 pour un sommet de l'OTAN placé sous haute tension. Le président américain exige que les Européens assument davantage leur propre défense, alors que le Pentagone révise sa présence militaire sur le continent. Entre l'objectif de 5 % du PIB, l'aide à l'Ukraine et les désaccords sur la guerre en Iran, l'Alliance cherche à préserver l'engagement de Washington sans renoncer à ses priorités.
Un sommet sous le signe de l'incertitude transatlantique
Le rendez-vous se tient pour la première fois dans la capitale turque. Selon Foreign Policy, il s'agit du premier sommet depuis l'annonce par le Pentagone d'une révision de sa posture en Europe. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a lancé un réexamen de 6 mois de la présence des forces américaines sur le continent, que plusieurs responsables européens redoutent de voir servir de prétexte à une réduction des effectifs. Donald Trump entretient l'ambiguïté. En avril, il confiait au Telegraph n'avoir "jamais été convaincu par l'OTAN", qu'il qualifiait de "tigre de papier", sans exclure un retrait pur et simple de l'organisation.
Le transfert du fardeau au premier plan
Washington ne réclame plus seulement un partage plus juste des coûts, mais un basculement des responsabilités. Selon eKathimerini, l'administration américaine pousse pour que l'Europe prenne en charge la défense principale du continent, dans une logique de "burden-shifting" que les diplomates traduisent par un désengagement progressif des États-Unis. Le podcast de Breaking Defense consacré au Pentagone présente d'ailleurs ce sommet comme un test de la solidité du lien transatlantique. Les responsables américains veulent, selon eux, "faire le point" sur la montée en puissance des capacités alliées avant d'ajuster leur propre effort militaire en Europe.
Le bras de fer sur les dépenses de défense
Au centre des discussions figure la trajectoire budgétaire adoptée l'an dernier au sommet de La Haye (le précédent sommet annuel de l'OTAN, en 2025, où les Alliés ont fixé ce cap), porter les dépenses de défense à au moins 5 % du produit intérieur brut d'ici 2035. Plusieurs pays paraissent en mesure d'atteindre ce seuil, mais la Maison-Blanche reste insatisfaite. "Les États-Unis dépensent plus que tout autre pays pour l'OTAN, de loin, pour les protéger, sans en tirer le moindre bénéfice", a écrit Donald Trump sur Truth Social, rapporte Foreign Policy. Matt Whitaker, ambassadeur américain auprès de l'Alliance, a résumé la position de Washington, "Les États-Unis restent un membre fier de l'OTAN", mais "nous avons des responsabilités ailleurs dans le monde, en tant que seule superpuissance mondiale". D'après un projet de déclaration finale cité par Reuters et repris par eKathimerini, les Alliés européens et le Canada ont augmenté leurs investissements de défense de plus de 139 milliards de dollars en 2025.
L'Ukraine de nouveau au centre des engagements
Volodymyr Zelensky participe au sommet, quelques jours après des frappes russes de missiles et de drones ayant fait au moins 20 morts en Ukraine, selon les bilans rapportés au moment du sommet. Le président ukrainien doit rencontrer Donald Trump et réclamer davantage d'intercepteurs de fabrication américaine, au moment où la défense antiaérienne conditionne la survie des villes ukrainiennes. Selon eKathimerini, les Alliés s'apprêtent à promettre 70 milliards d'euros d'équipements militaires, d'aide et de formation pour 2026, avec l'engagement de maintenir un niveau au moins équivalent en 2027. Une partie de ces fonds proviendra de contributions bilatérales déjà annoncées et d'un mécanisme de prêt de l'Union européenne doté de 60 milliards d'euros pour la période 2026-2027. Les États-Unis, eux, ne devraient apporter aucun financement direct, une rupture avec les précédents sommets.
Une industrie de défense placée en vitrine
Là où le sommet de La Haye s'était concentré sur l'objectif chiffré, celui d'Ankara veut afficher une montée en cadence de la production d'armements. Un forum de l'industrie de défense se tient dans la capitale turque dès le premier jour, où des contrats de plusieurs dizaines de milliards de dollars doivent être annoncés, selon eKathimerini. Mark Rutte, secrétaire général de l'OTAN, a évoqué devant l'Atlantic Council le début d'une "révolution industrielle de défense" transatlantique, résumée par la formule d'une "OTAN 3.0". Le pays hôte compte en profiter pour mettre en avant ses propres capacités. La Turquie réclame de longue date la levée des restrictions au commerce de défense entre membres de l'Alliance et cherche à progresser avec la France et l'Italie sur l'acquisition du système de défense antiaérienne SAMP/T, indique eKathimerini.
Iran, détroit d'Ormuz et diplomatie bilatérale de Trump
La guerre en Iran menace de dominer les échanges. Donald Trump reproche aux membres européens de ne pas avoir suffisamment soutenu les forces américaines durant le conflit, quand l'Alliance rappelle qu'une telle implication aurait dépassé son mandat, note Foreign Policy. Les dirigeants doivent aborder la sécurisation du détroit d'Ormuz, même si un haut responsable américain a reconnu, cité par ABC News, que de nombreux alliés "n'ont pas les navires ou les moyens nécessaires" pour y contribuer. En marge du sommet, le président américain doit ouvrir sa visite par un entretien avec le président turc Erdogan, puis la conclure par une rencontre avec le président syrien Ahmed al-Charaa, rapporte Middle East Eye. Trump a multiplié les éloges envers Erdogan, qualifié de "fort", et envers Charaa, décrit comme "coriace", tout en critiquant la plupart des dirigeants européens attendus à Ankara.
Ce que Washington attend concrètement
Derrière le vocabulaire diplomatique, les États-Unis fixent des repères précis. Ils veulent voir chaque allié présenter un calendrier crédible vers les 5 % du PIB, une part accrue consacrée aux capacités de combat, et non aux dépenses connexes, ainsi qu'un effort industriel mesurable. Selon Foreign Policy, l'objectif de 5 % adopté à La Haye recouvre en réalité 3,5 % pour les seules dépenses militaires strictes et 1,5 % pour les infrastructures et la cyberdéfense, une distinction que plusieurs capitales exploitent pour afficher des chiffres flatteurs. Matt Whitaker a prévenu que Washington entendait "faire le point" sur ces engagements durant les 2 jours, une formule qui laisse planer la menace d'un désengagement si les résultats sont jugés insuffisants. Les Européens redoutent qu'un satisfecit américain trop tiède ne fragilise leur propre effort budgétaire, déjà contesté dans plusieurs opinions publiques.
Un test pour la cohésion de l'Alliance
Au-delà des annonces, Ankara mesure la solidité du lien transatlantique. Une enquête du Pew Research Center publiée en début de semaine et citée par Foreign Policy indique que plus de 70 % des personnes interrogées en Pologne, en Suède, en Allemagne et en Hongrie gardent une image favorable de l'OTAN, tandis que l'opinion recule en France, en Italie et aux États-Unis. Zelensky, mais aussi le président sud-coréen Lee Jae Myung, le président du Conseil européen Antonio Costa et la présidente de la Commission Ursula von der Leyen sont attendus au dîner d'ouverture. Pour les Européens, l'enjeu des 2 jours consiste à convaincre Washington qu'ils tiennent leurs promesses, sans se laisser entraîner sur les dossiers iranien ou commercial où leurs intérêts divergent de ceux de la Maison-Blanche. Le résultat dira si l'"OTAN 3.0" relève d'un projet partagé ou d'un simple slogan.


