Donald Trump a ordonné au Pentagone de « réduire considérablement » les exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud, quelques heures avant le lancement des manœuvres Ulchi Freedom Shield, le 17 août. Le président américain a invoqué son « excellente relation » avec Kim Jong-un, le coût des exercices, et le refus de Séoul de se joindre à l'action américaine contre l'Iran. La Corée du Sud a confirmé que l'exercice se déroulait comme prévu.
Un ordre donné quelques heures avant le début des manœuvres
Dans un message publié sur Truth Social dimanche soir, Donald Trump a écrit qu'il n'était « pas satisfait » de la participation américaine à ces manœuvres. Selon Reuters, il a chargé Pete Hegseth de les « réduire considérablement », tout en reconnaissant qu'il était « trop tard pour les annuler ». Il l'a désigné par son titre de secrétaire à la Guerre, celui qu'emploie l'exécutif depuis le renommage par décret du département de la Défense, changement que le Congrès n'a pas encore inscrit dans la loi. Les exercices, a-t-il ajouté, sont « coûteux » et « envoient un signal totalement inapproprié et hostile » à un pays qui « s'est montré non menaçant et respectueux » depuis son retour à la Maison Blanche.
Selon le Korea Times, qui reprend l'annonce faite le 10 août par les deux armées, l'édition 2026 devait durer onze jours, du 17 au 27 août, et mobiliser environ 18 000 militaires sud-coréens, un niveau comparable à celui de l'an dernier. Le Commandement des Nations unies, qui supervise l'armistice de 1953, y contribue avec environ 70 personnels venus de douze de ses dix-huit États membres, États-Unis compris. Quelque 28 500 soldats américains sont stationnés en Corée du Sud, un plancher que la loi de programmation de défense pour 2026 interdit au Pentagone de franchir à la baisse.
Séoul maintient l'exercice et temporise
L'état-major interarmées sud-coréen a déclaré à Reuters que les manœuvres avaient démarré lundi comme prévu. Le bureau présidentiel a indiqué examiner le message américain et « espérer que la relation amicale entre les dirigeants américain et nord-coréen débouche sur un dialogue significatif ». La réponse est prudente, et pour cause. Séoul demande depuis des mois à Washington de renouer avec Pyongyang, ce que ce message laisse espérer, mais il expose aussi la Corée du Sud à une réduction du dispositif allié décidée sans concertation préalable et annoncée sur un réseau social, quelques heures avant le début de l'exercice.
Le refus sur l'Iran, motif assumé de la décision
Donald Trump a lui-même relié sa décision au dossier iranien. « J'ai récemment demandé au président de la Corée du Sud s'il souhaitait se joindre à nous dans la dénucléarisation de la République islamique d'Iran, et il m'a répondu : Non merci », a-t-il écrit.
Les deux capitales ne décrivent pas la même conversation. Là où le président américain fait état d'un refus net, le bureau présidentiel sud-coréen a répondu, selon Reuters et la presse coréenne, que Séoul discutait avec Washington de contributions concrètes, y compris militaires, liées au détroit d'Ormuz, en tenant compte de sa disponibilité opérationnelle sur la péninsule et de ses procédures juridiques internes. Le mécontentement ne vise d'ailleurs pas la seule Corée du Sud. Selon la BBC, Donald Trump a exprimé la même irritation envers d'autres alliés réticents à s'engager contre l'Iran, dont le Japon, la France et le Royaume-Uni.
Une Corée du Nord aguerrie par la guerre d'Ukraine
Le colonel Ryan Donald, directeur des affaires publiques des commandements américains en Corée, avait expliqué quelques jours plus tôt pourquoi le scénario avait été modifié. L'édition 2026 intègre les drones, le brouillage GPS et les cyberattaques, des menaces qu'il rattache aux soldats nord-coréens envoyés combattre en Ukraine. « Ils ont ramené en Corée du Nord les leçons apprises là-bas, cela change les capacités de la RPDC », a-t-il déclaré, cité par The Guardian.
Les estimations disponibles situent autour de 20 000 hommes le contingent envoyé par Pyongyang en Russie depuis 2024, dont environ 14 000 seraient déployés au front. Fin juillet, Volodymyr Zelensky a affirmé que la Russie préparait dans la région de Voronej l'accueil de 30 000 soldats nord-coréens supplémentaires, une affirmation ukrainienne non confirmée de source indépendante. La Corée du Nord a par ailleurs tiré deux missiles balistiques les 11 et 12 août, le second étant son onzième essai balistique présumé de l'année, et son ministère des Affaires étrangères a qualifié vendredi les manœuvres de « répétition d'une guerre d'agression ».
Un signal qui contredit le reste de la politique américaine
Le geste tranche avec la ligne suivie par l'administration ces dernières semaines. Le 13 août, Donald Trump a signé un mémorandum présidentiel sur la reconstruction de la marine américaine, qui ouvre à des constructeurs étrangers, pour trois classes de navires au maximum, la possibilité de bâtir les deux premières unités de chaque classe dans leur pays d'origine, à condition d'acquérir un chantier aux États-Unis et d'y produire tous les navires suivants. Le Grand Continent relève que Hanwha Ocean, seul groupe naval sud-coréen propriétaire d'un chantier américain, à Philadelphie, en est le bénéficiaire direct, même si le texte ne cite aucune entreprise.
Le décalage ne s'arrête pas là. En janvier, le sous-secrétaire à la Défense chargé de la politique, Elbridge Colby, qualifiait la Corée du Sud d'« allié modèle » pour son engagement à porter ses dépenses militaires à 3,5 % du produit intérieur brut, dans le cadre d'une stratégie de défense qui demande précisément à Séoul d'assumer la responsabilité première de la dissuasion face à Pyongyang. Réduire l'exercice qui sert cette montée en responsabilité va dans le sens inverse. Le problème tient d'ailleurs moins à l'ampleur de la réduction, encore indéterminée, qu'à son motif. « Il est normal que les alliances des États-Unis soient mises à rude épreuve en période de divergences en matière de politique étrangère », note Shashank Joshi, de The Economist, cité par Le Grand Continent, mais « il n'est en revanche absolument pas normal que les États-Unis subordonnent leurs garanties de sécurité à la participation de leurs alliés aux guerres qu'ils choisissent de mener ».
Une réduction déjà engagée avant l'annonce
L'ordre présidentiel arrive sur un mouvement commencé sans lui. Le format 2026 prévoyait déjà quatorze exercices de terrain, contre dix-sept l'an dernier, et les manœuvres ont glissé au fil des années des tirs réels vers la simulation informatique. Donald Trump avait suspendu Ulchi Freedom Guardian en 2018, après son premier sommet avec Kim Jong-un à Singapour, et l'exercice avait de nouveau été allégé en 2020 pour raisons sanitaires. La nouveauté n'est donc pas la réduction, mais la raison invoquée.
Les spécialistes divergent sur les effets. Leif-Eric Easley, professeur à l'université Ewha, estime que « les économies réalisées en réduisant les exercices sont marginales, tandis que les bénéfices diplomatiques auprès de la Corée du Nord sont douteux ». Jenny Town, du Stimson Center, y voit une tentative d'ouvrir une fenêtre diplomatique avec Pyongyang, mais juge que « le caractère désordonné de cette initiative a peu de chances d'y faire impression ». Victor Cha, du CSIS, avance une autre lecture, celle d'un Trump cherchant à peser sur Kim Jong-un pour freiner le rapprochement entre la Corée du Nord et la Russie. À Séoul, l'épisode nourrit surtout un débat plus ancien, celui d'une réduction graduelle de la dépendance envers Washington, voire d'une capacité nucléaire nationale, option soutenue dans l'opinion mais rejetée par le gouvernement.



