Les États-Unis ont mené dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 juillet une troisième vague de frappes contre l'Iran en moins d'une semaine. Environ 140 cibles militaires ont été touchées selon le commandement central américain (CENTCOM). En riposte, Téhéran a tiré missiles et drones contre des installations américaines dans six pays du Golfe et annoncé la fermeture du détroit d'Ormuz « jusqu'à nouvel ordre ». L'accord intérimaire signé mi-juin entre Washington et Téhéran menace de voler en éclats.
L'attaque d'un porte-conteneurs comme détonateur
À l'origine de cette nouvelle escalade se trouve un incident maritime. Samedi, les Gardiens de la révolution islamique ont ouvert le feu sur le GFS Galaxy, un porte-conteneurs sous pavillon chypriote accusé d'emprunter une « route non autorisée » dans le détroit d'Ormuz. Selon le CENTCOM, le navire, immobilisé par un incendie et des dommages à la salle des machines, a été abandonné par son équipage. Le ministère indien des affaires étrangères a indiqué que dix des onze marins indiens à bord ont été secourus, un membre d'équipage restant porté disparu. Les Gardiens de la révolution ont ensuite revendiqué la frappe d'un second navire, accusé de « violer les règlements ».
La réponse américaine est intervenue dans la nuit. Le CENTCOM affirme avoir frappé environ 140 cibles militaires iraniennes, dont des sites de missiles et de drones, des capacités navales, des dépôts de munitions, des réseaux de communication et des postes de surveillance. Au total, plus de 300 cibles ont été visées en trois nuits de frappes, selon la même source. « L'Iran a fait un mauvais choix. Maintenant, il paie », a déclaré le secrétaire américain à la défense Pete Hegseth, cité par Middle East Eye.
Le détroit refermé « jusqu'à nouvel ordre »
Dans la foulée de l'incident du GFS Galaxy, les Gardiens de la révolution ont annoncé la fermeture du détroit d'Ormuz « jusqu'à nouvel ordre et jusqu'à la fin des interventions américaines dans cette région ». Environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial transitait par ce passage entre le golfe Persique et le golfe d'Oman avant la guerre.
Le tableau sur place reste contrasté. Le CENTCOM assure que des navires de commerce continuent de franchir le détroit. L'organisme britannique de surveillance maritime UKMTO maintient son niveau de menace à « sévère », tout en précisant que la route sud, qui passe par les eaux territoriales omanaises, reste ouverte et a été élargie pour accueillir un trafic dans les deux sens. Téhéran exige de son côté que tous les navires empruntent son propre corridor, tracé au nord du détroit le long de la côte iranienne. Selon un décompte de Bloomberg cité par le Guardian, le trafic visible dans le détroit était quasi nul dimanche matin. Le Qatar a demandé à tous les propriétaires de navires de suspendre temporairement la navigation dans ses eaux.
« Nous avons pris le contrôle du détroit d'Ormuz avec puissance, et nous le préserverons avec puissance », a affirmé Ebrahim Rezaei, porte-parole de la commission de sécurité nationale et de politique étrangère du parlement iranien.
Une riposte iranienne sur six pays du Golfe
La riposte de Téhéran a visé dimanche matin des installations américaines situées chez des alliés de Washington. La Jordanie a signalé la chute de trois missiles iraniens sur son territoire, avec des dégâts matériels mineurs et aucune victime. Au Qatar, trois personnes, dont un enfant, ont été blessées par des retombées de débris après l'interception d'attaques, selon le ministère de l'intérieur. Le Koweït a condamné une agression qu'il qualifie de « coupable », tandis que des sirènes d'alerte retentissaient à Bahreïn et que les Émirats arabes unis indiquaient avoir détecté des menaces de missiles finalement tombées hors de leurs frontières. Oman a rapporté des frappes de drones dans le nord-est du pays, en bordure du détroit.
Les Gardiens de la révolution revendiquent la destruction d'un centre de commandement et de hangars à drones en Jordanie, la frappe d'un site radar américain au Koweït, d'infrastructures de soutien aux porte-avions au port omanais de Duqm et d'un centre de maintenance d'avions au Qatar. Ces affirmations n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante, souligne le Guardian.
L'attaque contre le Qatar a une portée particulière. Doha, médiateur central entre Washington et Téhéran, avait prévenu qu'il cesserait sa médiation s'il était pris pour cible. L'Iran épargnait précisément le Qatar depuis début avril, rappelle l'agence Reuters, reprise par Al-Monitor.
Des négociations au bord de la rupture
L'escalade intervient quelques heures après une session de pourparlers à Mascate entre le ministre iranien des affaires étrangères Abbas Araghchi et son homologue omanais Badr Albusaidi, en présence d'une délégation qatarie. Selon la télévision publique autrichienne ORF, Washington avait posé un ultimatum à Téhéran pour obtenir une garantie écrite de sécurité de la navigation, restée sans réponse. Le média américain Axios rapporte de son côté qu'Oman a proposé la réouverture complète des deux couloirs de navigation du détroit, un plan que la délégation iranienne a rapporté à Téhéran pour arbitrage.
Les positions restent éloignées. Washington exige que l'Iran déclare publiquement le détroit ouvert à tout le trafic commercial, cesse ses attaques contre les navires et revienne au régime de navigation d'avant-guerre, sans péages ni autorisations. Téhéran refuse tout retour au statu quo et considère le contrôle du passage comme son principal levier de négociation. « L'ère des accords à sens unique est TERMINÉE. Nous vous avions prévenus : tenez parole ou payez le prix », a écrit dimanche sur X Mohammad Bagher Ghalibaf, président du parlement et négociateur en chef iranien.
Le mémorandum d'entente signé le 17 juin prévoyait la conclusion d'un accord de paix durable dans un délai de 60 jours, après une guerre déclenchée le 28 février par les frappes américaines et israéliennes sur l'Iran. Donald Trump a déclaré le cessez-le-feu caduc, tout en laissant la porte ouverte à la poursuite des discussions.
Les fractures internes du pouvoir iranien
Dans un rapport spécial publié le 11 juillet, l'Institute for the Study of War (ISW) éclaire les dynamiques internes à Téhéran. Selon le centre de recherche américain, les négociateurs, dont Araghchi, Ghalibaf et le président Masoud Pezeshkian, cherchent à préserver les pourparlers pour éviter une nouvelle campagne de frappes américaines, tandis que de hauts officiers des Gardiens de la révolution proches du Guide suprême auraient approuvé l'usage de la force pour asseoir le contrôle iranien sur le détroit.
Des responsables iraniens ont attribué, en privé, les attaques récentes contre des navires à une « faction dévoyée » hostile aux négociations, rapportent des officiels américains cités par l'ISW. Le centre de recherche juge cette explication peu crédible : la décision de reprendre les attaques relèverait de la chaîne de commandement, et les factions du régime s'accordent sur la valeur stratégique du détroit. Ce récit permettrait surtout à Téhéran de maintenir les discussions et leurs bénéfices économiques potentiels, pendant que les Gardiens de la révolution font respecter le contrôle iranien du passage.
L'ISW note par ailleurs que l'Iran met à profit chaque accalmie pour reconstituer son appareil militaire. La production de drones aurait triplé pendant le conflit selon le ministère iranien de la défense, et des travaux de durcissement se poursuivent sur le site nucléaire de Taleghan 2, dans le complexe militaire de Parchin. Le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei, qui n'est pas apparu en public depuis le début de la guerre, a promis samedi de venger la mort de son père Ali Khamenei, tué dans les premières frappes du conflit.
Une économie mondiale sous pression
Le blocage du détroit d'Ormuz pèse déjà sur l'économie mondiale. La fermeture du passage a fait bondir les prix de l'énergie et alimente l'inflation, note Reuters. La hausse des prix des carburants constitue un dossier politiquement sensible pour Donald Trump à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.
L'Inde, dont un ressortissant reste porté disparu après l'attaque du GFS Galaxy, a condamné les attaques contre la navigation commerciale et appelé à une désescalade immédiate ainsi qu'à la conclusion des négociations en cours. La suite dépendra de l'arbitrage attendu à Téhéran sur le plan omanais de réouverture des couloirs de navigation, et de la capacité des médiateurs, Oman, le Qatar et le Pakistan, à ramener les deux parties à la table alors que les frappes se poursuivent.



