Une première séance sur une base aérienne
Le pouvoir vénézuélien et l'opposition ont ouvert jeudi 6 août à Caracas un cycle de discussions censé conduire à une transition politique et à de nouvelles élections. La séance s'est tenue au centre des conventions du parc Simón Bolívar, à l'intérieur de la base aérienne de La Carlota, où l'Assemblée nationale s'est repliée depuis que le Palais fédéral législatif a été endommagé par le séisme de juin. Seuls les photographes y ont été admis, rapporte Le Temps. Ouverte avec plusieurs heures de retard, la réunion a porté sur la méthode : cycles de travail et ordre du jour. Dans un communiqué commun, les deux camps disent souscrire aux « principes de respect de la souveraineté nationale » et de « négociation de bonne foi ». Les parties doivent siéger jusqu'au mercredi 12 août, date à laquelle elles décideront de la suite.
Deux délégations, une absente de poids
Le pouvoir est représenté par Jorge Rodríguez, président de l'Assemblée nationale et frère de la cheffe de l'État par intérim, Delcy Rodríguez. L'opposition est menée par Dinorah Figuera, ancienne députée en exil qui présidait le groupe parlementaire issu des législatives de 2015, un scrutin dont Nicolás Maduro avait rejeté les résultats. Rentrée au Venezuela mercredi, elle a déclaré à la chaîne Televen que le dialogue visait à réinstaurer la démocratie.
Manque à la table la figure la plus identifiée de l'opposition, María Corina Machado, prix Nobel de la paix en exil, qui n'a pas été invitée. Elle avait indiqué qu'elle ne s'opposerait pas au processus, et a soutenu la résolution bipartisane déposée le 4 août au Sénat américain par la démocrate Jeanne Shaheen et le républicain Ted Cruz, qui réclame des élections libres, la libération de tous les prisonniers politiques et la garantie qu'elle puisse rentrer et faire campagne. De nombreux observateurs estiment qu'un veto américain pèse sur son retour, ce que Washington dément.
Le séisme du 24 juin passe avant la démocratie
L'ordre du jour officiel est révélateur. Il place en premier point la réponse au double séisme du 24 juin, avant le renforcement démocratique et les garanties politiques. La catastrophe a fait 6 125 morts selon le bilan communiqué le 4 août par Jorge Rodríguez lui-même, avec un nombre de disparus qui pourrait approcher les 10 000. Les estimations de déplacés divergent : environ 24 000 sinistrés vivraient sous tente à Caracas et dans l'État côtier de La Guaira selon CNews, près de 18 000 sans-abri selon TRT. Le négociateur en chef du pouvoir est donc aussi l'homme qui porte le bilan de la reconstruction, ce qui lui donne un argument à opposer à toute exigence de calendrier électoral rapide.
Washington, parrain et créancier du processus
Le département d'État a salué l'ouverture des discussions dans un communiqué qui les qualifie d'occasion unique et les inscrit dans un plan en trois phases : stabilisation, reprise économique, réconciliation politique. L'ordre des mots compte, la démocratisation vient en dernier.
Ce parrainage n'a rien d'abstrait. Le gouvernement intérimaire est arrivé au pouvoir deux jours après la capture de Nicolás Maduro à Caracas, le 3 janvier, par des forces spéciales américaines, et il dépend de l'aide et des licences commerciales de Washington pour financer la reconstruction. Selon une analyse de l'Atlantic Council, le vrai point de blocage n'est pas le principe des élections mais les garanties personnelles offertes aux responsables chavistes en place, qui ne céderont pas le palais présidentiel sans savoir ce qui les attend ensuite.
Les prisonniers politiques, premier test
L'opposition a fait de la libération des détenus politiques un marqueur immédiat. L'ONG Foro Penal en recensait encore 382 au 3 août, dont 160 militaires, malgré la loi d'amnistie adoptée en février. Le gouvernement affirme que ce texte a bénéficié à plus de 8 000 personnes, mais Infobae relève que la plupart jouissaient déjà d'une liberté restreinte, et Human Rights Watch décrit un système de porte tournante, des libérations suivies de nouvelles arrestations. Un collectif de familles a demandé publiquement à Dinorah Figuera que ces prisonniers ne servent pas de monnaie d'échange.
Ce qui n'est pas encore sur la table
Aucune date d'élection présidentielle n'a été annoncée, aucun mécanisme de justice transitionnelle rendu public, et la composition d'un futur pouvoir électoral reste entière. La première séance a produit une méthode, pas un calendrier. Le test viendra de la séquence suivante : si la semaine du 12 août s'achève sans échéance datée, les pourparlers de La Carlota ressembleront moins à une transition qu'à une gestion de l'après-catastrophe sous supervision étrangère.



