Un accueil au pied de l'avion, geste rare
Donald Trump a accueilli Xi Jinping mercredi 23 septembre au soir sur la base aérienne d'Andrews, dans le Maryland, au pied de l'avion présidentiel chinois. Les présidents américains reçoivent d'ordinaire leurs hôtes à la Maison-Blanche. Plusieurs médias, dont la BBC, ont parlé d'une première depuis John F. Kennedy en 1962 ; les précédents sont en réalité plus récents, puisque George W. Bush y avait accueilli le pape Benoît XVI en 2008 et Barack Obama le pape François en 2015, rappelle The Hill. Tapis rouge de 30 mètres, garde d'honneur, survol de deux bombardiers B-1 : le protocole a été calqué sur celui dont Donald Trump avait bénéficié à Pékin en mai.
Jeudi 24 septembre, la visite d'État de trois jours est entrée dans sa phase politique à la Maison-Blanche, avec un entretien entre les deux présidents puis un dîner d'État auquel sont conviés les dirigeants d'OpenAI, Apple, Microsoft, Nvidia ou Meta, selon le Guardian. C'est la première visite de Xi Jinping à Washington depuis septembre 2015 et leur troisième rencontre en moins d'un an, après Busan (Corée du Sud) en octobre 2025 et Pékin en mai.
Une trêve commerciale prolongée de deux mois seulement
Seul résultat concret annoncé à ce stade : la prolongation de la trêve commerciale conclue à Busan. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a indiqué mercredi, après un entretien avec le vice-Premier ministre He Lifeng, que l'accord qui devait expirer le 10 novembre courrait désormais jusqu'au 10 janvier 2027, selon NBC News. Conclu le 30 octobre 2025 pour un an, ce compromis avait vu Washington ramener de 20 % à 10 % la surtaxe dite « fentanyl » sur les produits chinois, en échange de la suspension par Pékin de ses nouveaux contrôles à l'exportation de terres rares.
Le délai est court, et le ton de Scott Bessent reste réservé : certains engagements « n'ont pas été parfaitement tenus du côté chinois », a-t-il déclaré, en évoquant soit un accord plus large d'ici janvier, soit une simple reconduction. Selon la BBC, Pékin semble être revenu sur ses promesses d'achats agricoles et de livraisons de terres rares.
Taïwan et l'IA, les deux dossiers sensibles
Sur Taïwan, l'enjeu porte sur un second paquet d'armement de 14 milliards de dollars, en suspens depuis des mois, après une première tranche de 11 milliards validée en décembre 2025, rapporte Al Jazeera. Après sa visite à Pékin en mai, Donald Trump avait lui-même qualifié cette vente de « très bon moyen de négociation ». Pékin espère obtenir un nouveau report, voire l'abandon du paquet.
L'intelligence artificielle est l'autre front. Les deux entourages évoquent un mécanisme de notification des incidents liés à l'IA menaçant la sécurité nationale, une sorte de « téléphone rouge » technologique. La logique reste pourtant celle de la course : « Celui qui gagne l'IA gagne », écrivait Donald Trump sur Truth Social le 14 septembre.
Deux dirigeants aux positions inégales
Les déclarations de jeudi ont privilégié l'apparat. Donald Trump a salué une « amitié vraiment formidable » née dès 2016 ; Xi Jinping a plaidé pour une compétition qui soit « une course où l'on se rattrape, pas une lutte où l'un gagne et l'autre perd ».
Derrière les mots, le rapport de force penche vers Pékin. Donald Trump arrive affaibli par la guerre contre l'Iran et par des élections de mi-mandat difficiles en novembre. Xi Jinping, lui, vient de consolider son pouvoir militaire : Pékin a annoncé lundi l'exclusion du Parti du général Zhang Youxia, ancien vice-président de la Commission militaire centrale et longtemps plus haut gradé de l'armée chinoise, sous enquête depuis janvier, selon Le Figaro. Et Pékin garde en main le levier des terres rares, dont l'industrie américaine ne peut pas encore se passer.
Le choix du calendrier dit aussi quelque chose. Xi Jinping est à Washington la semaine même de l'Assemblée générale de l'ONU, sans faire le déplacement à New York. « Beaucoup de gens vont se demander où se trouve le vrai centre de décision », a relevé Richard Gowan, de l'International Crisis Group, cité par Reuters.
Ce qu'il faut attendre d'ici vendredi
La visite s'achève vendredi 25 septembre par un passage aux Archives nationales. Peu d'analystes attendent un accord majeur : la trêve de deux mois montre que les deux capitales préfèrent gagner du temps. L'opinion américaine, elle, se montre moins hostile : selon un sondage du Chicago Council on Global Affairs, 41 % des Américains voient dans les ambitions territoriales chinoises une menace critique, contre 52 % en 2022. La prochaine échéance réelle est le 10 janvier.



